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Sous-sol anonyme et sévèrement dissimulé, QG de "L'Aube

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Arsène Picrate




Inscrit le : 20 Mai 2007
Messages : 6

MessageSujet: Sous-sol anonyme et sévèrement dissimulé, QG de "L'Aube   Dim 20 Mai - 18:43

Arsène était épuisé.
Il avait passé la nuit penché sur le clavier de la linotype poussiéreuse qui lui donnait du fil à retordre.

Picrate s'affala sur son bureau, goulot au bec, il vida d'un trait sa dernière bouteille et s'alluma de quoi enfumer davantage encore les bureaux vides en cette heure matinale.

Chaque jour, la conception du journal devenait plus périlleuse, plus suicidaire et il devenait de plus en plus difficile de trouver de bons informateurs prêts à lâcher quelques tuyaux sur les activités illicites du gouvernement.
Arsène devait se contenter de pondre des articles satiriques et quelques portraitures cinglantes.
Mais parfois, il tenait l'"affaire" du moment, vainement dissimulée par les magnats siprasiens... parfois...

Plusieurs dossiers chauds le maintenaient éveillé.
L'affaire du tueur des Bas-Quartiers, cette idiote histoire de singe passe-muraille, la mort "tragique" du Chef Ingénieur Morrisson, le déferlement d'Agents dans les rues sous couvert d'une sécurité accrue...

Et ça piétinait du côté de ses fureteurs.
Rien ne permettait d'impliquer Stanton dans aucune de ces affaires et pourtant, une chose était sûre :
Stanton était toujours à l'origine de tous les maux de Sipra... toujours !


Dernière édition par le Dim 20 Mai - 22:15, édité 1 fois
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Arsène Picrate




Inscrit le : 20 Mai 2007
Messages : 6

MessageSujet: Re: Sous-sol anonyme et sévèrement dissimulé, QG de "L'Aube   Dim 20 Mai - 22:06

Arsène, fin saoul et fébrile d'avoir tant travaillé examina le premier exemplaire de la sortie quotidienne.

Son visage se frippa sévèrement sous le mécontentement que lui infligeait la Une.

– Vraiment rien de fabuleux en ce moment...
Bon sang, va falloir coincer ce tueur... et d'une façon ou d'une autre, Stanton est impliqué.


Frustré, Picrate balança le journal et se mit à boire jusqu'à ce que le livreur vienne prendre les piles restantes.
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Arsène Picrate




Inscrit le : 20 Mai 2007
Messages : 6

MessageSujet: Re: Sous-sol anonyme et sévèrement dissimulé, QG de "L'Aube   Dim 1 Juil - 15:26

Alors qu'Arsène mettait son manteau et s'apprêtait à sortir se réapprovisionner en alcool fort, il tomba nez à nez sur un de ses petits colporteurs. Une piécette changea de main et le gamin reprit sa course dans les rues.

– Et rapporte-moi une bouteille, gamin ! Discretement, comme toujours, hein !

Arsène, intrigué, ouvrit la lettre et lut avec étonnement, souriant au fur et à mesure qu'il découvrait qu'un nouvel allié lui offrait de quoi épaissir sa gazette.


Cher Picrate,

Voici un article qui devrait vous plaire.
Lisez-le, détestez-le, corrigez-le, mais je vous en supplie... publiez-le !
Trop peu de journaux ont encore l'audace de l'Aube, et le courage de dire la vérité au peuple soumis.
Quant à la signature, je vous sais trop honnête pour y apposer la vôtre.
Nous verrons plus tard pour le salaire de la pige.

Citation:

Quelle tristesse ! Un ingénieur de plus... ou plutôt devrait-on dire de moins.

Quelle tristesse en effet que Lord Stanton -louée soit sa grandeur
grandissante, puisse-t-il un jour se cogner au plafond-, notre vénéré
dirigeant, n'ait pas encore eu l'idée lumineuse de fournir un harnais
de sécurité à ses ingénieurs, au vu du nombre de chutes dont ils sont
victimes. Notre cité a-t-elle un surplus d'ingénieurs compétents tel
qu'il faille les éliminer d'une manière ou d'une autre ? Il est vrai
que le nombre de loquedus à peine fichus de manier le marteau-pompe est
critique, comparé aux ingénieurs ingénieux.

Oui, il est de notoriété publique que la formation en ingénierie est à Sipra la meilleure au monde ; nos fabuleuses machines, nos bâtiments défiant les lois de la physique en sont la preuve. Tout de même ! Le huitième
ingénieur-chef en moins de six mois... À ce rythme, la prochaine
promotion de l'ensemble des Grandes Écoles Stanton ne suffira pas à
boucher les trous.

Il n'empêche, quelle bien malheureuse coïncidence : dès lors qu'un technicien alcoolisé annonce à votre dévouée que les Ateliers vont enfin sortir ce nouvel engin dont se gorgent les rumeurs, l'ingénieur chef en place meurt dans de bien sombres conditions. Qui sur un chantier, qui d'une chute dans l'escalier, qui de son lit superposé à l'Atelier, qui d'une fenêtre ouverte par un malheureux coup de vent... toujours une chute.

Avec un brin de mauvaise foi (de canard, s'entend), l'on pousserait le
bouchon jusqu'à dire que l'on souhaite les voir partir lorsqu'ils ont
déplu au Prince. Mais le bouchon de la vérité ne sautera pas, pas
encore, l'on ne le poussera pas trop loin, car le vin de Sipra n'est
pas encore matûre. Attention cependant à ne pas trop le garder... sous
la pression, l'on risquerait de le voir devenir mousseux...


Arsène oublia un moment ses envies de goulot et inspecta la lettre à la recherche d'indices mais ne trouva rien d'intéressant.
L'anonyme auteur de ce message tenait à le rester, et peu importe, Arsène était bien décidé à publier une plume si pertinente.
On ferait les présentations plus tard, voilà tout.

Arsène se frotta les mains, alluma une pipe et commença la rédaction de son editorial.
Le prochian numéro allait ressembler à un joli pavé.

_________________
Le poids des maux, le choc des ragots...
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Arsène Picrate




Inscrit le : 20 Mai 2007
Messages : 6

MessageSujet: Re: Sous-sol anonyme et sévèrement dissimulé, QG de "L'Aube   Mar 4 Déc - 16:13

Arsène émergea de son sommeil lourd avec un affreux mais habituel mal de crâne, la bouche pâteuse, l'haleine fétide.

Après avoir buté dans une pile d'anciens numéros de L'Aube et juré tout son saoûl, il réussit à atteindre la machine à café néolithique.
Une tasse corsée et parfumée au whisky plus tard, il était installé à son fauteuil, et s'attelait à lire son courrier.

– Ah !! Un courrier de mon meilleur et unique rédacteur.
A temps pour la prochaine édition !
Voyons voir un peu ce que l'anonyme scribouilleur m'envoie.


Citation:
Cher Picrate,

L'actualité chaude de la semaine à Sipra est
évidemment le changement de visage à la tête du Service des Ingénieurs.
Il est en général difficile voire improbable de sortir ces passionnés
de leurs ateliers. Ne parlons même pas d'entrer dans le saint des
saint, les sous-sols de la Tour Dorée, où ils passent leurs nuits -ils
n'ont plus de jours, la seule lumière qu'ils connaissent est celle des
lampadaires à gaz-, à nous concocter de nouvelles machines.
Heureusement, pour des experts, rien d'impossible. N'ayant pu obtenir
un entretien exclusif dans les règles de l'art avec le nouveau cerveau
en chef, il a fallu ruser. Voici le résultat :

Entre deux poses de rivets et autres menaces sur ses subordonnés, le
nouveau Cerveau Chef a bien voulu nous recevoir, dans son bureau, ou
plutôt son dépotoir. C'est l'arrière-train entre un moteur désossé et
une réserve de charbon que s'est déroulé cet entretien

Coin-Coin : Dr Leets, tout d'abord merci de vous prêter au jeu de cette vrai-fausse entrevue.

Dr Leets : Oui, bon, mais en vitesse, hein. C'est que j'ai pas tout mon temps, suis pressé.

CC : Cette semaine vous avez obtenu le poste d'Ingénieur Chef, suite à la
chute tragique de votre prédécesseur, l'ingénieur Morrisson.
Pensez-vous mériter cette promotion ?

DL : Si je la mérite ?
Mais il n'y a pas plus compétent que moi ! Cela fait des années que je
le mérite, ce poste ! À la minute même où j'ai posé les pieds dans les
Ateliers de la ville, on aurait dû me le donner, ce poste !

CC : Sous-entendez-vous qu'aucun de vos prédécesseurs ne vous arrive à la cheville ?

DL : Et comment !

CC : Pas même le regretté Morrisson ?

DL : Cet incompétent ? Pas fichu de cabler correctement une vapocalèche.
Quant à placer des rivets, hors de question de le laisser faire. Si on
lui avait fait confiance pour les plans d'une quelconque machine, rien
ne fonctionnerait dans la cité. Soyons francs, au sein des Ateliers, je
faisais déjà tout à sa place. Aucun plan, aucun projet ne quittait son
bureau si je ne l'avait pas analysé, critiqué, amélioré, réparé.

CC : En parlant de projet, qu'en est-il de ce Grand Projet ?

DL : Conquérir le monde ? C'est en bonne voie, je...

CC : Hum, excusez-moi de vous couper, je parlais du projet dont toutes les
gazettes font leurs choux gras. Celui du Grand et Génialissime Mégalo
Stanton.

DL : Celui-là ? Vous appelez ça grand ? Juste un
joujou, une pécadille, petit, à la limite du microscopique pour un
génie de ma qualité.

CC : À ce point ?

DL : C'est-à-dire
que s'il n'y avait eu ce léger contre-temps qui a vallu le départ
précipité de mon prédécesseur, avec l'explosion de la machine, tout ça
parce que des incapables, heureusement disparus avec elle, ont confondu
l'échappement vapeur avec l'arrivée automatisée d'huile, causant une
flamèche dans le piston inférieur, et donc une surpression au sein du...

CC : Pardon de vous couper encore une fois, mais je doute que les détails techniques passionnent notre lectorat.

DL : Ah ? C'est possible, ça ? Pourtant une mécanique comme celle-ci
mériterait un magazine à elle seule. Enfin bon, au final.. ça a pété !
Une sacrée explosion, d'ailleurs ! J'ai failli prendre mon pied
tellement c'était puissant. Mais bon, on a tout perdu au passage, faut
tout reconstruire de zéro.

CC : Et cela devrait prendre combien de temps ?

DL : On a une semaine... Va falloir cravacher si on veut y arriver, et
avec ces manchots qui me servent de techniciens ou le manque criant
d'acier, c'est quasiment irréalisable ! Si ce n'était ce besoin de
mains pour m'aider à monter cette machine dans les temps, j'aurais déjà
renvoyé la plupart de mes esclaves, tous plus incapables les uns que
les autres.

CC : Que va-t-il se passer dans une semaine, si vous n'arrivez pas à venir
à bout de cette fumeuse idée ? Une petite chute pour finir votre
carrière ? Pensez bien à vérifier que les marches de votre logement ne
glissent pas...

DL : Des marches ? Il n'y en a plus depuis
longtemps dans la Tour Dorée ! Non, je ne vais pas me laisser abattre.
Au pire, on enrobera l'incompétence de la main-d'oeuvre dans une
machine bidon qui demandera encore quelques réglages. Bon, c'est pas
que vos questions m'ennuient, mais je prends du retard sur mon emploi
du temps avec vos bêtises, là. Allez hop, du balaspiro !


– ... Hum, parfait tout ça.
Au travail !


Et Picrate se mit à rédiger, puis à composer sur le clavier de son antique
linotype. L'atelier ne tarda pas à baigner dans un nuage de fumée et de
lourds relents alcoolisés.

Plusieurs heures plus tard, L'Aube était prête à être distribuée par les gamins du quartier.
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Arsène Picrate




Inscrit le : 20 Mai 2007
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MessageSujet: Re: Sous-sol anonyme et sévèrement dissimulé, QG de "L'Aube   Mer 27 Fév - 16:09

Arsène émergea, une fois de plus de son sommeil de plomb.
Aussi plombé que ses cernes noirs et son haleine chargée.

Petits pas et colis glissé sous la porte.
Le rituel ne changeait pas.
Arsène s'étira et alla chercher le pli d'un pas lourd en se frottant les yeux.

Il décacheta l'enveloppe, vérifia la signature et s'installa à son bureau pour lire attentivement les feuillets.


Citation:
Une récente enquête d'opinion a montré que la quasi-totalité des habitants de Sipra soutient l'instauration du couvre-feu. Quelle surprise de voir que 3% des interrogés ont osé s'opposer ouvertement à cette idée. Sans doute ces personnes n'habitent-elles pas à Sipra, ou ne lisent-elles pas la presse officielle. Nous le déplorons mais osons espérer qu'ils liront ce qui suit.

Les Bas Quartiers sont devenus un espace incontrôlable. Ces mêmes quartiers qui étaient encore, avant l'arrivée d'un Trente Tonnes – puisse-t-il encore prendre du volume – à la tête de notre cité, des lieux paisibles où l'on pouvait se poignarder sans peine, sont devenus au fil du temps une société en décalage, ne fonctionnant plus au rythme imposé par l'Ile Stable, et donc en marge d'une certaine norme. Pensez-vous réellement que toutes les personnes qui habitent dans les Bas-Quartiers sont mal éduquées, en marge, en mal d'avenir ?

Vous avez parfaitement raison mais cette situation, nous l'avons créée et pérénisée au rythme de discriminations nauséabondes, le plus souvent fondées sur l'argent ou le pouvoir. À force de voir du noir, on broie du noir dans cette société du chacun pour soi, ou plutôt du chacun pour son Éminence Clifford Stanton. La faute à qui ? Aux jeunes qui y vivent, aux parents qui se sont vus déposséder de leur rôle éducatif, et d'une certaine Autorité ? Des pouvoirs publics et de leur tendance à fermer les yeux sur les trafics tant qu'ils rapportent et ne gênent pas un autre trafic plus rentable ? On a voulu donner des leçons de savoir vivre, de civilité à ces
Bas-Quartiers comme pour se donner une meilleure conscience mais
c'était oublier que même en plus haut lieu, c'est la loi du plus fort
qui règle les rapports Siprasiens.
Merci Monsieur Stanton : l'image du fonctionnement de votre Pouvoir Suprême a déteint sur nos concitoyens.

Nous lisions hier les journaux officiels et certains déplorent l'incidence de cette série de meurtres sur "l'image de marque de Sipra". Tout d'abord, prôner l'image d'une ville au détriment de la réalité sociale est absurde, et insultant pour ses habitants. De plus, nous doutons que Son Ingéniosité Stanton n'ait pas pensé à organiser un Tour Officiel de Sipra pour quiconque souhaiterait admirer avec quel génie il tient la cité entre ses doigts. Surtout, en quoi notre "image de marque" va-t-elle aider les habitants des Bas-Quartiers à s'en sortir ? L'économie est prisonnière de quelques privilégiés, et tout capital souhaitant s'installer ici n'a que faire de ces vauriens qui portent mieux le chicot que le vison.

Je déplore plus que quiconque cette série de meurtres récents, mais il faut remercier leur auteur s'ils nous permettent d'ouvrir les yeux : le couvre-feu n'est qu'un moyen de plus pour le pouvoir en place de faire main basse sur ce qui nous reste de libertés. Bientôt, l'on prendra en haut lieu la décision que la vie d'un Siprasien ne dépend que du bon vouloir de notre Vénéré et Unique Guide. Allez savoir, peut-être est-ce déjà le cas, et ce meurtrier n'est que la main armée des Hautes Sphères. Ainsi donc nous nous permettons de mettre en garde ces 3% qui sortent du lot : retournez à la masse silencieuse, lisez les canaux d'informations officiels, méfiez-vous des Agents qui sonneraient à votre porte. Sipra a davantage besoin de vous hypocrites et vivants que vindicatifs et morts.


Et bien voilà !
Le nouveau numéro est bon à boucler !
Ce Coin-Coin s'active, pas de doute.
Mais il va falloir du changement, maintenant.
Viviement que la dissidence mette clé sous porte, faute d'une raison d'exister...

Et la linotype se mit à cliqueter .
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