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 Heurts et Crasses. Claire.

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Claire

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Date d'inscription : 17/04/2007

MessageSujet: Heurts et Crasses. Claire.   Mer 18 Avr - 14:43

L’orphelinat, Claire le connait depuis toujours. Recueillie par une des matrones alors qu’elle n’était encore qu’un nourrisson, elle a grandi au sein de ce lieu sordide où la soupe reste plus transparente que la pluie s’abattant sur Sipra et le pain plus dur que les pavés la tapissant. Remplir tous ses estomacs affamés n’a jamais été une priorité dans l’orphelinat d’Heurts et Crasses, et il n’apparait pas le moindre espoir quant à ce que cette situation change dans un avenir plus ou moins proche. La panse des jeunes pensionnaires restait le cadet des soucis de la quasi-totalité des habitants de cette ville. A quoi bon nourrir ceux qui ne devraient pas être là ? Malgré tout, ils s’entassaient tous et survivaient, pas longtemps pour certains, plus qu’endurcis pour d’autres, mais toujours entourés de cette odeur pestilentielle émanant de canaux stagnants de la Nesie aux abords proches de l’établissement. L’eau restait constamment couverte de cendres et autres pollutions de la ville.

Le prénom Claire lui a été donné lorsqu’elle fut trouvée, car sa peau était d’une blancheur presque étrange et ses rares cheveux d’un blond si pâle qu’elle semblait une apparition. Un bébé agité et gênant, plus souvent corrigé qu’à son tour pour de simples pleurs provoqués par la faim.

La vie menée à la dure lui inspira un désir de liberté très tôt. Elle prit la fuite de nombreuses fois, mais comment aurait pu survivre une petite fille de quelques années, dans la jungle enfumée d’une ville aux mille dangers ? C’était pourtant le cas, ses sorties constantes l’ont endurcie et confrontée à des situations plus qu’atroces auxquelles elle a toujours fait face tant bien que mal.


Aujourd’hui Claire a treize ans. Et déjà la notion de liberté commence à lui échapper. Elle croit encore que ses escapades hors des murs de l’orphelinat sont restées secrètes, mais les dirigeants savent qu’elle connait les passages qui mènent en plein cœur des bas-fonds de la cité. Ils n’en ont cure. Le plus étonnant reste la résistance de la gamine. Une endurance à toute épreuve. Mais est-ce vraiment préoccupant que de regarder s’évaporer l’existence d’une âme perdue de treize ans alors que le lieu regorge d’enfants presque déjà morts, êtres subissant et subsistant autant que faire se peut.


Claire sort souvent. Elle a des affaires à régler dehors. Et demain, elle se devait de partir tôt.
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Claire

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Date d'inscription : 17/04/2007

MessageSujet: Re: Heurts et Crasses. Claire.   Mer 25 Avr - 16:23

Ce mercredi soir, après l’heure du couvre feu et le repas plus que frugal auquel les pensionnaires de l’orphelinat ont eu gracieusement droit, Claire attend patiemment que tout le monde se soit enfin endormi, ou fasse semblant tout du moins. Pendant ce laps de temps qui lui semble une éternité, la jeune fille laisse son esprit vagabonder bien loin des préoccupations de son âge. Vivre dans Sipra laisse peu de place à la futilité, d’autant plus lorsqu’on est élevé (dressé ?) entre les murs d’Heurts et Crasses.

Au moment venu, sans bruit, elle en a l’habitude, Claire se relève de sa couche, un lit bancal et inconfortable rongé par les mites et l’usure. Elle enfile une salopette brunie par la saleté et le temps, un pullover élimé, ainsi qu’une paire de chaussures bien trop grandes pour ses pieds menus, qu’elle lace à l’extrême afin de ne pas les égarer, à l’aide de morceaux de corde à la résistance aléatoire. Elle attrape quelques affaires dissimulées sous son oreiller et fixe sur son crâne une casquette de garçonnet en laine dans les mêmes tons que les vêtements qu’elle porte. Elle dissimule habilement ses boucles blondes de fille sous son couvre-chef et veille à ne rien laisser dépasser. La malnutrition et les mauvais traitements lui donnent une allure de garçon, aucun attribut féminin n’ayant encore marqué son corps malingre et peu épais.

Claire se dirige maintenant à pas de loups vers la porte du dortoir qu’elle pousse très doucement.
Soudain, un souffle vient la faire sursauter. Avant de franchir cette porte, elle voit apparaître à quelques pas d’elle, un jeune garçon ne dépassant pas les six années, le regard envieux. Elle pose son doigt sur ses lèvres pour l’empêcher de prononcer un seul mot. Il fronce les sourcils et ne peut se retenir de murmurer :


- Emmène-moi avec toi Claire !

- Chut ! Tais-toi Justin. Si on nous entend ça va barder.

- M’en fous. Veux v’nir avec toi dehors.

- Pas encore. Une prochaine fois, promis. T’es trop petit.

- Menteuse !


Sans lui laisser le temps de continuer, la jeune fille l’empoigne et le ramène à son lit. Elle lui dépose un baiser fraternel sur le front et fait semblant d’ignorer les grosses larmes qui courent le long de son visage.

Un faible grincement retentit et la voici dans ce long couloir crasseux où l’obscurité est pratiquement totale. Cela ne la gène plus, elle connait par cœur les recoins et passages de tout le pensionnat.


Il lui faut une bonne demie heure afin d’atteindre la sortie, celle qui lui permet d’errer en dehors des murs de l’Orphelinat. Une fois dehors, elle réajuste sa casquette, baisse la tête et part d’un pas décidé et rapide. Sa silhouette s’enfonce dans les ténèbres de la cité. Maintenant, il faut impérativement qu’elle ne se fasse pas repérer.
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Junius Octave Longuebaste

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Date d'inscription : 18/09/2007

MessageSujet: Re: Heurts et Crasses. Claire.   Mar 18 Sep - 19:24

Heurts et Crasse semblait émerger hors de ses brumes matinales tel un mythe déroutant et désuêt à la fois. Les pierres usées et grises de l'établissement, ses hautes grilles rouillées et bardées d'épieus, son portail grinçant...

On ne rêve que d'une chose... quitter cet endroit.

Cette pensée sincère malgré sa teinte sarcastique émergea de l'esprit du seul visiteur régulier de l'Orphelinat. Canne levée et cognant en rythme sur les barreaux de la batisse, il attendait tout simplement qu'on daignât lui ouvrir enfin... Et l'on ne devait pas faire attendre Junius Octave Longuebaste sous peine de voir sa vie sévèrement compliquée, voir écourtée.
Abandonnant ses tentatives destinées à éveiller le tympan paresseux des fainéantes de ce lieu, certain d'un succès quasi immédiat, il plongea la main dans la poche intérieure de sa veste et en retira une petite montre gousset, dorée de la chaîne aux aiguilles, qu'il entreprit de remonter d'un geste lent et mesuré. Elle lui avait été offerte par son employeur lors de sa dernière et unique promotion.

"N'oubliez pas Longuebaste. Si l'on vous fait attendre plus d'un tour de cadran, vous aurez carte blanche quant au châtiment des impudents qui auront ralenti mes affaires. Vous rendrez sentence en Mon nom."

La voix puissante, grinçante de son ultime supérieur était une empreinte telle en son esprit que chaque action de Junius s'effectuait tacitement sous l'un des commandements qu'elle lui donnait, vectrice d'une implacable volonté.
Refermant le clapet de la montre-gousset, Junius Longuebaste soutint le regard d'une femme d'une soixantaine d'années, encore essouflée, qui tentait tant bien que mal de soulever la lourde chaîne qui pesait sur le portail. Il se contenta de la regarder, prenant appui sur sa canne sans pour autant perdre une once de dignité. Le dos droit et fixant la vieille de ses deux yeux sombres dont l'un scintillait derrière un monocle ambré et cerclé d'or, il attendit ses explications, vaseuses assurément.

- Mon...Monsieur Longuebaste... c'est... Monsieur est bien matinal en ce premier mardi du mois...

Nulle peine de consulter sa montre gousset pour savoir que la vieille le baratinait. Il se contenta d'un regard dur, froid, et s'adressa à elle d'une voix ténébreuse et légèrement rauque.

- Mademoiselle Pinson. Vous m'avez parfaitement démontré que la date d'aujourd'hui ne vous est pas inconnue. Nous sommes CE jour, comme chaque mois. CE seul jour durant lequel on vous impose une attitude exemplaire que vous n'arborez jamais en temps ordinaires. Beaucoup d'agents m'ont rapporté la qualité de votre... travail. Sachez que si les yeux de mon Supérieur se ferment le temps de quelques semaines, les miens sont grand ouverts tandis qu'arrive CE jour-ci. Nous sommes Mardi, vous êtes en retard, ne nous attardons pas plus longtemps voulez-vous? Ouvrez et amenez-moi la fillette du mois dernier.

Lorsque Mlle Pinson entrouvrit les lèvres pour répliquer, Junius Octave Longuebaste se tourna de nouveau vers elle, le regard plus noir encore et la canne levée. Le pommeau dépassant légèrement de son poing était une main dorée refermée sur un clou disproportionné qui faisait éventuellement office de poignée. Cependant, en cet instant, Longuebaste faillit l'employer à toute autre activité. Comment osait-elle...!?

Miss Pinson reprit-il d'un ton condescendant, si vous voulez vivre encore votre pitoyable existence de vieille fille décrépie je vous conseille de suite de ne pas tergiverser. sa canne s'abaissa doucement, le soutenant de nouveau en son cheminement.

- Comment se porte-t-elle? Elle était vive... a-t-elle subi les privations du dernier mois? Avez-vous réussi à la dégoûter à tout jamais de cette institution? Est-elle prête à me suivre pourvu que je l'emmène loin de ce repoussant endroit?

Son pas était rapide. Trop pour la vieille Pinson qui peinait en soufflant tandis qu'ils traversaient tout deux la Cour d'Heurts et Crasse. Alentour, de simples jeux de ressorts et de bois; balançoires, bascules et autres futilités qui ne cessaient de ramollir les candidats potentiels à la sélection dont Longuebaste devait se charger. Lors de ses visites, les enfants étaient tous consignés dans leurs dortoirs insalubres et trop exigus pour le nombre impressionant d'orphelins siprasiens.
Entre deux battements de coeur trop rapprochés, la femme réussit enfin à reprendre ses esprits et, des gouttes de sueur perlant sur son front graisseux, elle répondit en quelques mots à son interlocuteur.

- Elle s'est enfuie... Monsieur.

Longuebaste s'arrêta net en son élan. Son monocle s'éclaira un instant à la lueur de l'aurore naissante tandis qu'il se tournait de nouveau vers la vieille employée.

- Vous dites?

- Monsieur. Elle était perturbée, elle était turbulente, elle s'est dégoutée elle même de cet endroit, elle n'a jamais réussi à s'intégrer dans notre institution Monsieur, elle traînait seulement avec le petit...

Le regard de Junius eut raison de sa loghorrée. Derrière le monocle ambré couvait une lueur assassine qui manqua foudroyer littéralement la pauvre Mademoiselle Pinson. Terrorisée, elle supporta si mal le joug de ce regard que quelques jours plus tard, les derniers cheveux gris qui peuplaient son crâne avaient viré au blanc d'un lait immaculé.

- Vous n'avez pas à juger de la valeur des élus. Nous comptions sur votre discrétion, votre dévouement, votre efficacité. Se pourrait-il que notre supérieur à tous se soit trompé lorsqu'il vous a tiré de la fange en laquelle vous croupissiez? Pinson... savez-vous seulement qui je suis?

Un déglutis paniqué de la vieille femme lui apprit qu'elle s'en souvenait. Elle ne risquait pas d'oublier le regard haineux d'un Junius Octave Longuebaste hors de lui. Déjà, il reprenait contenance, sa main se décrispant autour du pommeau doré de sa canne. C'est d'une voix plus calme qu'il reprit.

- Comment se nomme son petit compagnon?

- Ju... Ju.. Justin, Monsieur.

- Menez-moi à lui sur le champ...


Tandis qu'il emboitait le pas pressé et tremblant de la vieille matronne, Junius Octave Longuebaste réfléchit au facheux contretemps dont il était victime. Son employeur n'était pas du genre à apprécier les retards.
Il s'occuperait de la vieille Pinson une fois son travail terminé... les effectifs devaient parfois être épurés. Elle ne serait pas une grosse perte au sein de la glorieuse société Siprasienne.
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Junius Octave Longuebaste

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Date d'inscription : 18/09/2007

MessageSujet: Re: Heurts et Crasses. Claire.   Mer 28 Nov - 3:19

L'interrogatoire du dénommé Justin s'était révélé moins long qu'il ne l'eût pensé. Junius Octave Longuebaste ne mettait guère de temps pour arriver à ses fins...un jeune garçon ne lui posait aucun souci particulier. Franchissant le portail grinçant de l'orphelinat entrouvert par la vieille Pinson, le Haut Recruteur jeta un dernier regard sur la bâtisse sombre et inhospitalière avant de se tourner vers sa tenancière, un éclair miroitant en son monocle tandis qu'il toisait l'antique demoiselle d'un air supérieur qui n'était sommes toutes, que le légitime regard d'un haut placé sur l'un de ses piètres subordonnés.

- Êtes-vous consciente de votre erreur Le lésant?

La voix de Longuebaste était froide comme l'acier et la vieille se raidit telle une victime empalée. L'idée effleura un instant l'esprit de Junius...caressant le pommeau de sa canne, il pensa un instant à dégainer le fleuret que l'objet renfermait pour le plonger au coeur de la masse cagneuse, livide et tremblante qui se tenait face à lui. Mais l'envie était une chose dont il s'était depuis longtemps privé et sa mission seule devait prévaloir sur tout autre acte irréfléchi et situé hors de Sa volonté.
Mademoiselle Pinson tenta de rassembler son courage pour ne pas bafouiller. Junius aperçut son cou se serrant d'un déglutissement paniqué... elle n'y parviendrait pas.

- C'est... la fille était... Monsieur Longuebaste, vous savez... vous...Monsieur...vous connaissez mes difficultés...
- Vos difficultés?


Coupant sèchement la parole à la tenancière des lieux, le Haut Recruteur fit décrire un arc de cercle à sa canne, celle-ci se figeant à un cheveu du cou de la vieille femme. L'heure était venue de rappeler de nouveau à la mégère de qui elle tenait sa misérable vie. Ses envies de corriger l'insolente n'étaient pas réapparues. Maître de lui-même, il se contentait de ce décorum froid et annonciateur d'une sanction prochaine et implacable à l'encontre de la demoiselle Pinson.
Il enchaîna aussitôt sous le regard presque vitreux de son interlocutrice.

- N'oubliez pas. Vous êtes vieille Pinson. Vieille et peut-être obsolète... N'oubliez pas pourquoi l'on vous conserve encore à ce poste. N'omettez jamais de vous donner corps et âme à votre tâche... car lorsque l'une de ces composantes s'avérera dépassée par ces difficultés, son pendant spirituel ou réel Lui sera inutile.

- Pi...Pi..tié...

- Elle ne vous serait d'aucune utilité si vous agissiez selon Ses désirs. Vous recevrez vos... sentences sous peu.


Junius ramena sa canne contre lui d'un geste lent et frôlant tout au long de son mouvement le cou décharné de la vieille tenancière. S'appuyant de nouveau sur son support favori, il constata avec satisfaction -bien que nulle trace d'un tel sentiment ne s'affichât sur son visage- que la vieille tremblait plus encore qu'à son arrivée et que son regard craintif ne cessait de fuir le sien. L'homme savait que Pinson vivrait. Sans le savoir, la vieille était précieuse aux yeux de Stanton... et nul ne pourrait actuellement la remplacer. Pourtant, la peur incarnait ce ciment siprasien qui soudait les hommes autour du Grand Maitre et au sein de sa parfaite organisation.

A l'une des fenêtres du premier étage soudain, apparût le jeune Justin. Avec un grand sourire, il salua Junius Octave qui souleva son haut de forme d'un petit coup de pommeau afin de rendre son regard au petit garçon. La douceur avait été si simple à utiliser... le gamin n'était autre que l'un de ces inutiles, ramassé au chevet d'une catin décédée des Bas Quartiers, sans aucun doute. Manque d'affection... peu d'amitié... deux ou trois banalités mensongères et le gosse s'était empressé de tout lui raconter. L'âge parfait... si malléables.

Tournant le dos à la bâtisse, son manteau sombre s'enroula autour de lui avant de se délier, à son premier pas en direction du coeur de Sipra. Pas un regard supplémentaire pour Heurts et Crasse et ses occupants apeurés et malheureux. Junius Octave Longuebaste avait fort à faire et c'est d'un pas cadencé qu'il descendit la côte le ramenant bientôt à sa vapocalèche.
Le chauffeur sur le siège avant s'empressa de sortir du véhicule et vint se positionner en un temps record près de la porte de derrière, l'ouvrant sur le passage de Junius qui lui confia nonchalamment sa canne et son haut de forme.

- Au quartier marchand... le plus rapidement possible.
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