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 Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime

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Vittorio Gasmane



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Localisation : Entre ennui et chaos, là où jailissent les Eurêka
Date d'inscription : 03/04/2007

MessageSujet: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Jeu 5 Avr - 1:28

Dans un bruit infernal de vapeur et de métal, la voiture s'arrêta au pied d'un immeuble cossu mais malmené par les temps.
Gasmane en sortit prestement pour gagner l'entrée où un domestique attendait de lui retirer son long manteau, son chapeau élégant et son parapluie à l'épreuve des pluies occasionnellement acides.

– Merci Georges, je prendrai un thé à l'étage et qu'on ne me dérange sous aucun prétexte.
– Bien monsieur, vous avez quelques messages posés sur votre bureau.
Mais rien d'urgent.
– Tant mieux, j'ai besoin de tranquillité, cette sortie m'a exténué.
On ne peut échapper à l'ennui qu'en plongeant dans le chaos, de nos jours...

Gasmane gravit les quatre étages qui menaient à son bureau et ferma les rideaux.
Il vérifia que tout était en ordre et ouvrit les enveloppes qui l'attendaient.
Toujours les mêmes requêtes, nées de rumeurs qu'il fallait calmer au plus vite et habilement avant que quelque agent vienne s'en mêler de trop près et ne dévoile ses activités dissimulées.
Le mondain, sous ses dehors raffinés, était prudent, comme chaque habitant de Sipra.
Mais davantage encore...

Ce n'est pas le vieux domestique qui apporta son thé au maître des lieux, mais Dix-Coups, le jeune fils adoptif de Gasmane.
Sirotant son thé, Vittorio raconta au garçon la soirée éprouvante passée à faire le beau devant ces dames, à saluer les prospères malandrins de la cité et à bâiller devant une pièce ridicule où les acteurs avaient osé porter des masques à gaz, ultime provocation portée au gouvernement.
Tout s'était terminé dans un débarquement des autorités et une cacophonie générale dont Gasmane avait encore du mal à se remettre.
Il s'en était fallu de peu qu'il ne soit lui-même embarqué avec quelques autres gentilshommes désemparés d'être au mauvais endroit au mauvais moment, mais Vittorio maniait l'art de l'esquive depuis trop longtemps pour ne pas échapper une fois encore aux autorités.

– Dépêchons, beaucoup de travail nous attend cette nuit !
Enfile ta blouse et donne-moi la clé.


L'enfant sortit une clé nouée à son cou et la tendit à son père.
Gasmane ouvrit une porte dérobée à l'intérieur de l'âtre de la cheminée et fit entrer son fils dans un vaste atelier. Il vérifia l'heure à sa montre gousset et soupira.

Déjà le petit avait enfilé sa blouse et manipulait quelques godets posés sur des étals de guingois, entouré de manuels écornés.
L'atelier rassemblait toutes sortes d'objets précieux abandonnés sur le sol et les établis.
Les murs étaient couverts de fresques d'inspiration religieuse... mais pas seulement.
Ces anamorphoses, traits étirés figurant de somptueuses saintes contrites à première vue, prenaient un tout autre aspect selon l'angle de vue utilisé. En l'occurrence, les pieuses et sages courbes se peuplaient de démons informes dans le pelage ou les cornes desquels étaient dissimulées de savantes formules scientifiques.
Il suffisait d'être au secret, sinon l'ensemble ressemblait fortement à n'importe quel atelier de peintre. D'ailleurs de nombreux coffrets à pigments étaient éparpillés sur le sol et les étagères, ainsi que des torchons, des pinceaux, des godets, des plaques de marbre à broyer, une molette en porphyre, du plâtre, des charbons de saule...
Tout ceci faisait illusion.
Cet atelier, que Gasmane nommait "La Cathédrale" quand il s'adressait à son fils, avait une autre utilisation.
En observant bien parmi les ustensiles, on apercevait, alignés sur une table de noyer des cornues et des alambics, dans lesquels reposaient de curieux liquides grisâtres, des substances visqueuses et douteusement colorées, bien inutiles à recouvrir la moindre toile.
L'atelier se dotait également d'un athanor, fourneau tout simple dissimulé derrière la pièce la plus spectaculaire de l'atelier : un retable finement réalisé dans lequel étaient subtilement escamotés les livres les plus précieux du savant.
Mais la voûte s'animait aussi d'étranges visions.
Plusieurs machines improbables étaient fixées au plafond, aux formes anthropomorphiques et aux rouages complexes, mécanismes d'une ingéniosité exceptionnelle.

Sous ses dehors de parfait mondain, d'amateur éclairé de peinture, Vittorio Gasmane élaborait des machines, analysait des fluides, concevait des formules, il cherchait, cherchait et cherchait encore.
Des années qu'il cherchait pour le bonheur de trouver toutes sortes d'inventions invraisemblables.
Mais au fil du temps, ces sciences l'aidaient dans son plus cher objectif : mettre à mal la dictature siprasienne.

Tout jeune étudiant, il s'était entiché d'un jeune Pierre, fantasque et brillant, qui l'avait persuadé de se tourner vers la science, qu'il jugeait plus vitale que les arts.
Leur association tourna au tragique lorsque le laboratoire universitaire fut mis à sac par les autorités et que Pierre fut enlevé, mis à la question, et achevé en cellule.
Vittorio fit profil bas plusieurs années, se pliant à ses parents et aux lois, jouant le jeune homme épris de raffinement et finalement reprit ses activités dans le plus grand secret.

La nuit avait filé en un éclair.
Gasmane regarda sa montre et permit à Dix-Coups d'aller prendre un peu de repos.
Il se caressa le menton, le front plissé, examinant le résultat des dernières manipulations.
Son projet avançait de plus en plus vite. Lorsque midi poindrait et qu'il ferait presque jour, il se rendrait dans les bas quartiers et se mettrait en quête d'un petit animal pas trop souffreteux.
En attendant, il s'allongea et sombra dans un sommeil sans rêve.
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Dix-Coups



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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Sam 7 Avr - 17:12

"Un jeudi gras, vers les trois heures après midi, flânant sur les boulevards de Sipra, une veuve désoeuvrée au bras, j'aperçus au coin du faubourg Moissonnière, au milieu de la foule, une de ces petites figures enfantines dont l'artiste peut seul deviner la sauvage poésie. C' était un gamin, mais un vrai gamin de Sipra ! .... Cheveux rougeâtres bien ébouriffés, hérissés d'un côté, aplatis ça et là, blanchis par du plâtre, souillés de boue, et gardant encore l'empreinte des doigts crochus du gamin robuste avec lequel il venait peut-être de se battre; puis, un nez qui n'avait jamais connu de pacte avec les vanités mondaines du mouchoir,un nez dont les doigts faisaient seuls la police ; mais aussi une bouche fraîche et gracieuse, des dents d'une blancheur éblouissante ; sur la peau, des tons de chair vigoureux, blanc et bruns, admirablement nuancés de rouge. Ses yeux, pétillants dans l'occasion, étaient mornes, tristes et fortement cernés. Les paupières, fournies de beaux cils bien recourbés, avaient un charme indéfinissable... Ô enfance ! ....

Vêtu à la diable, insouciant d'une pluie fine qui tombait, assis sur une borne froide et laissant pendre ses pieds imparfaitement couverts d'une chaussure découpée comme le panneton d'une clé, il était là ne criant plus:-- 'A la belle affaire ! De la guigne ! Guigne !...., reniflant sans cérémonie. Pensif comme une femme trompée, on eût dit qu'il se trouvait là -- chez lui. Ses jolies mains, dont les ongles roses étaient bordés de noir, avaient une crasse presque huileuse... Une chemise brune, dont le col, irrégulièrement tiré, entourait sa tête, comme d'une frange, permettait de voir une poitrine aussi blanche que les fesses de mon vieux serviteur Georges.

Il regardait passer les enfants de son âge ; et toutes les fois qu'un petit bourgeois habillé en lancier, en troubadour, ou vêtu d'une jaquette, se montrait armé d'un sérieux goûter, duquel dégoulinait beurre et sucre associés... Oh ! alors... les yeux du gamin s'allumaient de tous les feux du désir !... L'enfance est-elle naïve ? me disais-je. Elle ne sait pas taire ses passions vives, ses craintes, ses espérances d'un jour !...

Je m'amusai pendant quelques minutes de la concupiscence du gamin. Oh ! oui; c'était bien une douceur emmiellée qu'il souhaitait. Sa journée avait été perdue. Je vis qu'il gardait l'empreinte de plusieurs rats sur ses habits noirs. Il avait le coeur gros de vengeance... Ah ! comme ses yeux se tournaient avec amour vers la boutique d'un épicier dont les sébiles étaient pleines de fusées, de billes ; et où, derrière les carreaux, se trouvaient deux tartes aux sucres placées en sautoir.

-Pourquoi n'as-tu pas de quoi te régaler ? ... lui dis-je.
Il me regarda fièrement, et me toisa comme M. Guvier doit mesurer M. Georges-Saint-Hilare quand celui-ci l'attaque inconsidérément à l' Institut.
-Imbécile ! ... semblait-il me dire, si j'avais deux sous, ne serais-je pas riant, rigolant, tapant, frappant, criant ? ... Pourquoi me tenter?...

J'allai chez l' épicier. L'enfant me suivit attiré par mon regard qui exerça sur lui la plus puissante des fascinations. Le gamin rougissait de plaisir, ses yeux s'animaient... Il eut la tarte...

Alors, il la brandit ; et, pendant que je l'examinais, il m'appliqua, dans le dos d'un habit tout neuf, une joyeuse claque, en criant d'une voix railleuse :
- De la guigne ! Guigne !...
Je voulus me fâcher. Il se sauva en ameutant les passants par ses clameurs rauques et perçantes... - De la guigne ! Guigne !...

Dans cet enfant il y a tous les hommes !....."

Dix-Coups souriait encore de cette histoire cent fois rabâchée par le paternel à qui se piquait de curiosité pour leur duo improbable et dans un lyrisme dégoulinant.
Mais à quelques fioritures près, leur rencontre s'était effectivement déroulée ainsi, au hasard d'un faubourg, quand Dix-Coups n'était qu'un gosse des ruelles, à cogner et griffer qui l'empêchait de moisir en paix. Une année déjà et Dix-Coups avait forci sans jamais se ramollir.
Et il appréciait le confort bourgeois à sa juste valeur, bien qu'il détestait puissamment le bain hebdomadaire imposer pour raison d'hygiène... Nom barbare sûrement inventé par les Agents pour torturer les gosses.
Mais Dix-Coups devait surtout admettre qu'il apprenait beaucoup. Le pater l'engraissait jusqu'à engorgement complet de la cervelle.
Et bien que ça continue, surtout !
Il se faisait très bien à sa nouvelle vie de nanti mais fuguait dès qu'il le pouvait pour courir l'aventure dans Sipra.
On ne se refait pas, même le ventre plein, l'habit bien mis et un prénom bien dit.
Giacomo Gasmane... Quel nom idiot !
"Dix-Coups" avait l'avantage d'intriguer et d'inquiéter, même, parfois.
Nul, dans la rue Madame-La-Prime, ne savait d'où ce surnom provenait.
Mais pour Dix-Coups son origine restait cuisante, quolibet chèrement payé, la vengeance viendrait un jour.

L'enfant était revenu de sa balade nocturne à l'heure pour le petit-déjeuner.
Ce qui se tramait dans les bas-quartiers échauffait l'esprit du gamin.
Le journal, qu'il ne manquait jamais de rapporter à l'aube, en faisait encore ses choux gras.
Et les autorités devaient être aux quatre cents coups.
Sauf si les crimes étaient commandés par...
bah, peu importe, un fou ou un ponte, le paternel allait être clairement contrarié.

– Père, voici les nouvelles du jour.
Je gage que vous n'allez pas les aimer.
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Vittorio Gasmane



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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Dim 8 Avr - 14:43


_________________

"NOUVEAU MEURTRE DANS LES BAS QUARTIERS"

Un enfant de 9 ans sauvagement mutilé retrouvé par les agents Siprasiens au fond d'une benne.
Entre ses dents, une rose noire sans épine.
_________________

Vittorio, lisant la une, fronça les sourcils.
Ses doigts se crispèrent sur l'anse de sa tasse de thé.
Nulle contrariété.
Il jubilait.
Son travail s'avérait indispensable.
Il relut plusieurs fois l'article, soulignant quelques détails utiles à ses recherches.

– Dix-Coups, nous allons faire des courses, comme prévu.
Georges, inutile de sortir la voiture, nous y allons en tram.
Nous serons de retour en fin de journée.


Gasmane mit son manteau, tira une canne de l'élégant porte-parapluie en céramique et sortit dans la fraîcheur de la matinée, aussi jovial que peut l'être un homme ayant passé la nuit sur une machine complexe et sur le point de mettre un point d'orgue à ses recherches.
Dix-Coups le talonnait préoccupé par une seule pensée : si personne n'arrêtait le tueur des bas-fonds, il risquait bien d'y passer lui aussi, tôt ou tard.


___________

Et tous deux prirent le chemin de la halle Secrètemps
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Dix-Coups



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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Sam 14 Avr - 0:37

Revenant tout encombré de sa course au marché Secrètemps, Dix-Coups ouvrit la porte comme il put et hurla pour que Georges sache qu'il était rentré.

Geooooooooorges !
J'suis rentré ! Père est parti à l'aventure, il rentrera que dans la nuit.
J'monte à l'atelier, apporte-moi à dîner et de quoi nourrir un singe...


Et le gamin s'engouffra dans les escaliers encore excité et essoufflé.

– Mrhum... j'lui apprendrai à respecter les anciens un jour, à ce sacripan ! On fait pas bondir un ancien comme ça, faudra bien qu'il apprenne où se trouve la sonnette, non mais !


J'arrive, Monsieur Jan, j'arrive... un singe ?


Dix-Coups déposa la cage sur un des établis de la "Cathédrale", en retira le drap et se cala sur une chaise en face du singe.
La tête entre ses poings, l'enfant observait l'animal, subjugué.
Le macaque était toujours agressif, faisant trembler la cage à chque saut et poussant des cris stridents.

– T'es une drôle de bête, le singe.
Tu me rappelles un copain de la rue, toujours à t'agiter alors qu't'es coincé pour de bon.
Mais tu vas voir ce que tu vas voir cette nuit.
Gasmane va s'occuper de toi et ça va être palpitant...
oui, ça va palpiter...
et ça va être saignant...
oui, ça va saigner...


Et l'enfant s'endormit devant la cage, son repas à peine entamé, et le macaque toujours agité et frustré de n'avoir pas été nourri.
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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Mar 1 Mai - 23:51

La nuit était déjà bien avancée lorsque Gasmane arriva à la porte de son logis, qu’il avait failli dépasser tant il était concentré sur son projet.
Sa discussion avec la belle Maria était déjà loin, seul le sort du singe l’inquiétait à présent.

Vittorio avertit Georges de sa présence, lui demanda un repas et
gravit les étages jusqu’à son bureau. Il trouva Dix-Coups affalé devant la cage et le réveilla d’une main passée dans sa tignasse charbonneuse.

- Prépare-toi, on commence de suite, il est déjà tard.

Gasmane tendit sa blouse au jeune garçon et enfila la sienne
rapidement, ainsi qu’une paire de lunettes légères et de gants immaculés.
A l’aide de Dix-Coups, il étala tous les instruments indispensables,
quelques draps et les schémas rigoureusement élaborés.
Il retira une couverture qui recouvrait un fauteuil et revint examiner le
macaque.
La bête était toujours agitée, montrant ses crocs et agitant ses
griffes, le regard haineux. Jamais à court d’énergie, se balançant d’un barreau de sa cage à un autre, elle sentait que quelque chose se préparait, et son instinct décuplait ses forces au point de rendre Vittorio hésitant.

Le savant approcha de la cage et frotta un mélange à base de lidocaïne sur le singe en esquivant les attaques.
Après avoir donné quelques directives à Dix-Coups, il ouvrit la cage,
prêt à assommer la bête à sa première tentative de morsure.
Mais le singe drogué se montra docile et se laissa sortir de la cage
sans encombre. Vittorio l’installa sur le fauteuil, l’enserrant avec nervosité.
Dix-Coups ajusta les sangles autour du macaque, qui fut bientôt incapable de faire le moindre mouvement.

Dix-Coups disposa un casque et vissa le crâne du singe. Il attrapa
ensuite une petite branche de métal qu’il accrocha à la paupière droite du
singe afin de mettre en évidence le lobe orbitaire du singe.
Alors Vittorio s’approcha, très concentré et enfonça un objet ayant la
forme d’un pic à glace dans l’orbite du singe vaguement endormi.
Les yeux fermés, se remémorant les schémas et théories patiemment
construits et déconstruits sur ses parchemins, Vittorio fourragea méticuleusement
la substance blanche du lobe frontal du singe, parfois traversé de soubresauts.

Au bout de quelques minutes, il retira le pic, au bout duquel
subsistaient quelques morceaux de la cervelle du pauvre cobaye.
La cingulotomie était terminée, il restait encore à placer l’implant.

Dix-Coups tendit au savant un autre pic au bout duquel était fixée
une étrange machine.
Faite de cuivre, quelques fils dépassant çà et là, elle ressemblait à
une araignée au mécanisme lilliputien. Six pattes se terminant par un crochet, le corps de quelques millimètres contenait un cran de réglage permettant de mesurer le degré de pression désiré.

Vittorio introduisit le pic et la machine à travers l’orbite,
concentré et visiblement inquiet, tant il transpirait.

Quelques minutes plus tard, il retira le pic dépossédé de l'étrange machine, le posa sur la table et s’assit, heureux d’en avoir terminé.

Dix-Coups délivra le singe, encore hagard, et le déposa dans la cage.

- Dix-Coups, ne lui donne rien à boire ni à manger jusqu’à demain
soir. Je te laisse l’observer et noter soigneusement son comportement, je vais
me reposer un peu.

Alerte-moi si tu le vois sombrer.

Gasmane retourna à son bureau et nota les détails de l’opération.
Cette fois, il fallait que ça fonctionne, car la prochaine séance
mettrait en jeu la vie d’un homme… tout Agent qu’il fut.
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Dix-Coups



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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Mer 2 Mai - 0:10

Dix-Coups était encore tout émoustillé d'avoir pu assister Gasmane sur cette expérience. Il s'attendait à plus de sang répandu, de hurlements de singe et d'os broyés mais finalement tout s'était passé très vite dans la plus grande propreté.
Son admiration pour le savant n'en était que plus vive.

Mais voilà... l'heure tournait et il était coincé face à un singe apathique...
Rien à noter sur le carnet... rien à faire... ennui... mortel... pas sommeil...

Le gamin sortit la tête de la Cathédrale et vit son père endormi.
Dix-Coups regarda de nouveau le macaque qui n'était pas plus conscient.
Alors il traversa le bureau aussi discrètement qu'une souris chapardeuse et sortit de l'immeuble pour s'enfoncer dans la nuit d'encre.

Ses ballades nocturnes étaient trop vitales pour s'en priver, le monde de la nuit trop intriguant pour s'en passer.

La liberté valait bien une éclipse de quelques heures sans conséquence.
Un petit tour du côté du cimetière n’enquiquinerait personne, foi d’Dix-Coups !
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Vittorio Gasmane



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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Lun 7 Mai - 0:46

Cling... Cling... Cling...

Le petit bruit métallique réveilla Vittorio qui appela aussitôt Dix-Coups.

– Tout va bien ? Le singe s'est réveillé ?

Pas de réponse.

Gasmane se leva lentement et entra dans l'atelier à la recherche de son fils.
Plus de gamin. Mais le singe...

... le singe se tenait assis sur sa cage, frappant les barreaux avec une cuillère.
Il leva les yeux vers le savant sans arrêter son mouvement.
Surpris, Vittorio s'approcha prudemment de la bête, à la fois énervé de constater que Dix-Coups s'était absenté et intrigué de la façon dont le cobaye avait pu s'échapper de sa prison... sans pour autant s'enfuir.

Gasmane s'approcha encore alors que le singe restait tranquillement assis.
Le savant s'installa devant l'étrange scène et attendit de voir ce qui allait se passer.
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Vittorio Gasmane



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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Dim 20 Mai - 14:13

Et le singe ne cessa pas son mouvement mécanique.
Même lorsque Vittorio essaya de l'agacer avec sa canne...
Même lorsque Vittorio apporta un vrai festin pour macaque...
Même lorsque Vittorio fit hurler une alarme à l'oreille du singe...

Imperturbablement, le cobaye frappait la cuillère contre les barreaux de la cage sur laquelle il était juché.

Alors Vittorio se saisit d'une longue vis qu'il fit pénétrer dans le crâne du singe sans aucune difficulté, dans un interstice prévu à cet effet lors de la trépanation.
Il fit un mouvement de la main pour ordonner au singe de descendre de la cage, ce que l'animal fit sans aucune animosité ni malice, l'œil vide, la face neutre.

– Voilà mon bonhomme, maintenant tu peux te vanter d'être le nouveau et merveilleux jouet de Vittorio Gasmane...
Ne reste qu'une étape et Sipra franchira un nouveau pas vers une ère plus... bah, nous le saurons en temps voulu.

Vittorio laissa le singe immobile au pied de sa cage et courut à son bureau rédiger un message à l'attention de Maria Delvade, priée de ne pas oublier que le temps presse.
Puis Vittorio attendit patiemment le retour de son protégé, lisant les nouvelles du petit matin et se demandant si Dix-Coups ne mériterait pas de subir le même outrage que le macaque.
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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Ven 15 Juin - 1:24

Gros embarras... Gêne envahissante... Guibolles mollassonnes et moue en berne, Dix-Coups s'arrêta devant la porte d'entrée pour reprendre son souffle et se préparer à être durement accueilli par Georges et son père.

Cette sangsue de Thanatès va m'le payer,
je vais avoir droit à la rouste de ma vie à cause de ce vieux furet.


Le gamin finit par entrer discrètement, il tomba sur le vieux domestique qui l'attendait depuis des heures.

Jeune homme ! Encore quelques minutes et j'alertais un Agent !
Et vous savez ce que ça implique ! De graves, très graves conséquences !
Filez au bureau, Monsieur vous y attend et j'espère qu'il vous dispensera la correction que vous méritez !


Dix-Coups prit un air contrit, baissa les yeux au sol et commença à gravir les marches, une à une, marmonnant quelques malédictions destinées au fossoyeur.

Il ouvrit lentement la porte, pour se retrouver face à Gasmane occupé à quelques paperasses, les yeux cernés et le costume froissé.

Désolé, père, j'suis de retour...
J'le ferai plus...
promis...
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Vittorio Gasmane



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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Lun 9 Juil - 17:12

Gasmane, penché sur quelque lettre ouverte sur son bureau, daigna seulement lever les yeux un court instant sur son protégé, le regard noir,
puis lança au pauvre Dix-Coups contrit :

Ah te voilà enfin, petit diable !
Bon, pas le temps de te punir pour le moment.
Reste habillé comme tu es, couvert de boue tu seras aussi discret que possible dans les rues.

Récupère le singe et enferme-le dans sa cage que tu couvriras.
Personne ne doit se douter de son existence.

Je te charge d’aider ce pauvre macaque à mener à bien sa première mission.
Il te suffit de le conduire par les rues puis de le relâcher lorsque vous serez dans un lieu discret.
Evite de trop t’éloigner au cas où il t’échapperait, mais c’est fort peu probable... sa fraîche docilité est étonnante...

Bref, la mission d’aujourd’hui est d’aider notre animal à chaparder quelque objet en toute discrétion.
Je compte sur toi pour lui apprendre tout ce que tu sais et surtout me rapporter les faits et gestes du singe.

S’il t’échappe, reviens au plus vite et j’aviserai.
Allez, file !
... mais encore une fois, c’est fort peu probable...
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MessageSujet: Re: Logis de Vittorio Gasmane, 115 rue Madame-La-Prime   Aujourd'hui à 1:18

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