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 A la rue...

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Josselin Stimeponque

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MessageSujet: A la rue...   Lun 4 Juin - 21:32

Les lourdes percussions metalliques n'en finissent pas de résonner, et plus que de tout autre endroit, celles qui proviennent de derrière les façades de l'usine Rognot sont les plus infernalement ouibles.
Cul-de-sac !
Josselin Stimeponque, titubant de fatigue, sent sa tête s'enfler à mesure que chaque nouveau tintement mécanique vient à titiller ses tympans. Les tempes meurtries, le front rouge et suant, les yeux plissés et la bouche pincée, il souffre, et l'orchestration étourdissante des industries en pleine activité, dans un univers aussi renfermé que celui de ces petites ruelles étroites et bordées de si hauts murs, prend une telle ampleur qu'elle ne contribue qu'à empirer son état d'extrême harassement.

Repos.
Courbé en deux, gueule ouverte inspirant de grands volumes d'air, poumons prêts à emmagasiner, le pauvre Josselin Stimeponque a l'allure de ce qu'il est : un misérable fugitif en cavale, ni plus ni moins qu'un ennemi de la cité.
Il aurait aimé sourire à l'évocation de cette idée.
Mais pas le temps, ni l'envie. Le temps joue contre lui, et lui, perdu dans ce labyrinthe assourdissant, dans ce quartier industriel si bruyant et si odieux, lui ne pense qu'à s'echapper, vite, vite...
Contre la montre !

Si peu perceptibles, mais à la fois si évidents, au détour des rues, par-dessus la nuisance des décibels, Josselin les reconnaît : les jappements des chiens de la milice.
S'être donné tant de mal pour rien, ce serait tellement dommage !

Au détour d'une rue, à quelques mètres, pas loin ? Ou sont-ils, ces esclaves du systèmes, leurs uniformes, leurs pétoires ?
Dommage de finir comme cela.

Se redressant, fixant sans bouger l'horizon bouché de la rue dans laquelle il se sent pris au piège, Josselin se tient, résigné.

C'est alors que, dans son dos, se mêlant aux autres stridences, un bruit grinçant accapare son attention.
Une grille se lève. Une issue !


to be continued...
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Josselin Stimeponque

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MessageSujet: Re: A la rue...   Mar 5 Juin - 23:37

Josselin se jette sous la grille à peine relevée, et le voici dans une cour d'usine, de l'autre côté cette haute façade qui, de la rue, avait semblé si oppressante.

L'ouvrier qui, courbé sur sa manivelle, était en train, faisant tourner cette dernière, d'activer par ce geste le mécanisme d'ouverture, semble abasourdi par cette intrusion aussi inattendue que marginale : en effet, pour le travailleur manuel concentré sur les servilités inhérentes à son labeur, n'importe quelle manifestation de fantaisie laisse pantois qui n'y est pas préparé.
Mais quand, en plus, cette manifestation prend la forme d'un moribond échevelé qui s'affale misérablement sur le sol poussiéreux d'une cour intérieure d'usine de tuyaux en cuivres, et que de surcroit la réalisation de ce genre de cascade farfelue nécessite d'allier élan, célérité et précision en doses suffisantes pour réussir à se faufiler à toute vitesse dans l'interstice séparant le trottoir et le bas de la grille à peine relevée par, donc, l'ouvrier déjà cité, alors là, évidemment, la prouesse est de taille, et l'étonnement du spectateur aussi.

Toujours est-il que Josselin Stimeponque, écorché au genou et aux coudes pour n'avoir pas tergiversé dans sa prestation, ne s'en relève pas moins, rictus de douleur aux lèvres et regard de tueur sous les sourcils.
Au pauvre ouvrier qui hésite entre se porter au secours de l'intrus ou lui mettre le grapin dessus, Josselin, profitant de ces hésitations bienvenues pour lui, décoche deux prestes coups de poing qui l'assomment et qui, suprême dérision, l'envoient rouler dans la poussière comme Josselin trois secondes plus tôt.

Coup d'oeil rapide.
La cour est déserte. Seule une petite porte, à l'autre bout de ce préau, constitue une issue alternative à la grille. Et en guise de présence humaine, il n'y avait que ce col-bleu qui s'apprêtait apparement à décharger dans la rue quelques caisses remplies d'ordures diverses.

Ni une ni deux, ne donnant plus de crédit qu'à sa propre sécurité, Josselin Stimeponque se rue sur la manivelle et, en deux tours, referme la grille. Il était temps : les chiens entendus quelques instants plus tôt sont déjà là, rageurs et écumant, furieux et frustrés d'avoir entre eux et leur proie un obstacle !

Leurs maîtres ne vont pas tarder. Avec des pistolets. Et de la détermination. Josselin réflechit très vite.

Et la solution est évidente, là, sous ses yeux !

Troquant ses tuniques contre l'habit de travail de sa victime toujours dans les vaps, Josselin se mue en ouvrier.
Mais voilà déjà les miliciens, il entend leur course et leurs cris, là-bas, plus bas dans la rue.
Alors, traversant la cour intérieure au pas de course, malgré ses courbatures, malgré le frisson que lui provoquent les aboiements effroyables des chiens, malgré le risque qu'il encourt, il atteint la porte et s'engouffre à l'interieur de l'usine...
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Josselin Stimeponque

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MessageSujet: Re: A la rue...   Jeu 8 Nov - 16:13

Les manutentionnaires ébahis voient se précipiter, dans l'atelier confiné où ils suent et tâchent, un jeune homme aux abois.

En son for interieur, le travailleur manuel sait que rien ne doit le détourner de son apostolat : le travail bien fait.
Alors que la plupart des ouvriers, abrutis de labeur et trop fatigués pour s'etonner de cette scène, ne daignent pas se préoccuper d'une si déplaisante attraction, parmi ce contingent de manouvriers passifs, s'en trouva un qui s'interposa entre Josselin et sa course, et Josselin qui ne l'avait pas vu, s'y heurta avec fracas, rebondit et alla s'étaler dans la poussière, pour la énième fois de la journée.

Une main secourable. Le grand costaud qui l'avait envoyé au tapis, aida Josselin à se remettre sur ses jambes.


- Tu travailles pas chez nous, toi. Pourquoi tu cours ?
-
Allez, laissez-moi passer, la milice me court après, laissez-moi partir.
-
Eh gamin, rétorqua le colosse, et que je te laisse partir où ? Y a qu'une seule entrée à l'usine, et apparemment t'en viens. Tu lui as fait quoi, à la milice ?
- Lâchez-moi. Faut que je me sauve !

La scène sembla enfin interesser quelques ouvriers, et petit à petit l'atelier se vida du bruit des résonnances metalliques, au fur et à mesure que les hommes levaient le nez de leurs responsabilités pour mieux suivre le dialogue.

-
Te sauver, c'est hors de question. Si t'es là, soit qu'tu bosses, soit qu'tu nous causes des misères et si vraiment la milice te file, je me charge de leur faire cadeau d'un beau fuyard.
- Et merde ! J'ai pas le...

Le raffut des chiens et les clameurs enragés de leurs maîtres en uniformes, interrompit Josselin. La milice avait pénétré dans la cour de l'usine, et n'allait pas tarder à investir l'atelier.

-
Gamin, va te planquer. On a des latrines, au fond, là-bas, tu vois ? Cours-y.
- Merci.
Josselin partit se cacher dans les latrines. Sa cavalcade prenait une forme romanesque des plus discutables.

Il ne vit rien de ce qui se passa, mais entendit tout.
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Josselin Stimeponque

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MessageSujet: Re: A la rue...   Mar 27 Nov - 4:25

La porte des latrines s'ouvrit à la volée sur un Josselin prostré, assis sur le carrelage crasseux, les jambes repliées, genoux sous le menton, dans une position pratiquement foetale. L'intrusion dans cet espace confiné et préalablement clos du grand travailleur costaud stupéfia Josselin qui s'était plutôt préparé à la visite d'un milicien.
Où étaient-ils passés, les pendards à ses trousses ?


<< Lève-toi, corniaud ! >> suggèra fermement le grand col-bleu.

Josselin Stimeponque obtempéra, sans non plus se départir d'une substantifique méfiance :

<< Et... la milimi... la milice ?
- Y sont partis, les méchants, t'as rien à craindre. T'as pas entendu comme je les ai rembarrés ?
- Si fait. Mais vous me feintez peut-être.
>>

Le type faillit s'etrangler en riant.
<< On voit bien que tu nous connais pas ! Les flicons s'aventurent guère à discuter avec nous ! On leur z'a dit qu'on t'avait pas vu, ils se le tiennent pour dit, ou ben les gars et moi on leur en fout une coup de masse sur le crâne, chiens ou pas !
- Et il sont partis sans demander leur reste ? Sans insister ?
- Petit, je te l'assure.
- Ils doivent m'attendre dehors !
- Dehors de l'enceinte de l'usine, ouaip, pour sûr !
- Je peux rester là le temps que ça se tasse et qu'ils foutent le camp ?
- Non.
- Ah ? Pourquoi pas ?
- On termine not'journée dans une demi-heure, gars. T'es pas des notres, donc on te fout dehors quand la sirène retentira.
- Pour moi c'est le glas qui sonnera.
- Hé, tu te prends pour un causeur, hein ? Dis-moi, t'es tellement dans le pétrin que tu veux pas te rendre malgré qu'y sont plusieurs et armés et caninés et tout et tout ?
- Oui, ça ! Dans le pétrin, j'y suis.
- Bon, on n'est pas des salopiauds nous autres, on va pas te fourrer dans leurs bras comme ça, malignement !
- ...
- Tiens, sors des chiottes, prends c'te clé, va dans l'atelier, et tu bosses sans mouffeter !
- Travailler ici ? Là, maintenant ? C'est tout ce que vous avez à me proposer ?
- Ecoute bien. Si tu bosses, c'est que tu es parmi nous. Et si t'es parmi nous, tu peux être de garde de nuit pour surveiller l'usine. Tu piges ? Je t'offre un sursis en échange de quelque sueur. Acceptable. Pigé ?
- Euh oui... Pigé.
- Bouge !



L'heure s'écoula très vite et Josselin ne fut pas trop traumatisé par le bruit des martellements métalliques qui emplissaient l'atelier. Les évènements de la journée, tous plus fatigants les uns que les autres, l'avaient immunisé contre un nouvel accès de lassitude. Ce fut donc pour lui, presque une récréation que de travailler dans de si médiocres conditions.

La sirène retentit, les machines s'arrêtèrent. Les ouvriers sortirent.


Le grand s'approcha de Josselin en le fixant et en souriant éxagérément.
<< Vous partez et moi je reste ? s'enquit Stimeponque à moitié assuré.
- Non, tu seras pas tout seul. Ce soir tu veilles avec Jean-Flock. Le moustachu qui bossait à côté de toi. On revient demain à sept heures. Là, si tu vois qu'il y a plus la milice, tu déguerpis ! Si elle y est encore, à mon avis ils auront eu le temps d'obtenir un formulaire de perquisition et y viendront te tirer de là par la peau du cul.
- Et...
- Ouaip ?
- Merci bien. Merci de m'aider.
- Ecoute. Si tu les fuis aussi fort, c'est que t'es pas un mauvais bougre. C'est plutôt ceux qu'ont la conscience tranquille qui ont des trucs à se reprocher, que je dis. Je m'comprends.
- Je peux vous poser une dernière question ?
- Dis voir.
- Tout à l'heure, quand vous les avez engueulé et qu'ils sont partis... Comment ça se fait que vous ayez une immunité, dans cette usine ? Je veux dire... Pourquoi vous seriez au-dessus de l'autorité ?
- Petit, c'est très simple...
- Oui ?
- Le patron de l'usine, il est de la famille de Lord Stanton, à c'qui paraît.
- Ah ? Et c'est qui, le patron ?
- Moi.
>> Sur un clin d'oeil, le gars partit, laissant Josselin seul avec le prénommé Jean-Flock.
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Josselin Stimeponque

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MessageSujet: Re: A la rue...   Mar 27 Nov - 20:48

<< Tu fumes ?
- Non.
- T'as tort.
>>

Jean-Flock, du bout de ses doigts, préleva dans sa poche quelques lanières de scaferlette dont il bourra le foyer de sa pipe.

<< Regarde mon briquet ! >>
De son autre poche, il extirpa un ustensile magnifique : un allumoir tout en bronze, avec un mécanisme de combustion fait de rouages très fins et tellement amphigouriques que Josselin fut forcé de s'approcher pour en distinguer toutes les subtilités.

<< Il est bien joli. Pas très discret, arf, mais joli. Et bien ouvragé.
- Je veux !
- Dites-moi, Jean-Flock. Il est vraiment de la famille de Stanton, votre chef, là ?
- Bah, tu parles ! Le hasard veut qu'il s'appelle Stanton. Gaspard Stanton ! Son patronyme est bien tout ce qu'il a en commun avec notre guide.
- Mais il a fait déguerpir les miliciens.
- Oui.
- Comment ?
- Il leur a dit son nom. Et ouaip. Ces crétins sont tellement soumis à l'autorité qu'ils représentent, qu'ils n'ont pas cherché à faire une bavure, tu comprends.
- Et il entourloupe beaucoup de monde, grâce à ça ?
- J'en sais rien. Mais y doit pas être patron d'une usine pour rien, hein ?
>>

Jean-Flock tirait sur sa pipe puis recrachait des volutes de fumées grises. De temps à autre, tout en parlant, il lissait sa moustache de façon à ce qu'elle se recourbe vers le haut. Mais elle n'était ni assez longue ni assez épaisse pour que l'artifice tienne bien longtemps.

Il rompit le court silence qui s'était installé :

<< C'est pas le tout, je vais me dégourdir les jambes. Y fait un peu froid dehors, mais ça revigore. Tu m'accompagnes ?
- Non, non... Si les miliciens m'attendent derrière la grille... S'ils me voient... Ils tireraient.
- Ils sont surement partis. On n'entend pas les chiens.
- Je reste là quand même. Il vaut mieux.
- Bon.
>>

L'ouvrier sortit avec sa pipe encore fumante, et Josselin resta seul.

Il lui vint subitement une idée. Une superbe idée !
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Josselin Stimeponque

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MessageSujet: Re: A la rue...   Mer 28 Nov - 5:41

S'étant assuré que Jean-Flock était bien sorti prendre l'air, Josselin se mit en tête de profiter de sa solitude passagère pour mettre au point le plan machiavélique qui venait de lui traverser le cerveau : brûler l'usine pour faire diversion, et profiter de la cohue pour s'enfuir en blousant les miliciens !

Ce n'était pas sans risque.
D'abord, parce que Jean-Flock n'allait pas tarder à revenir de son petit tour et lui mettre des bâtons dans les roues, et ensuite, parce que c'était ce même Jean-Flock qui détenait le briquet. Josselin avait beau fureter dans tous les coins de l'atelier, il ne voyait pas avec quel autre instrument faire naître un feu. Ni fabriquer quelque machine infernale. Non : de tous les produits divers et les outils variés que contenait le hangar, seuls quelques fûts attirèrent son attention pour leur contenance au potentiel inflammable : de vieilles huiles.
Bien.
Il y avait à vue de nez assez de combustible pour asperger les machines et en faire une flambée. Restait à assommer cette vieille branche de Jean-Flock, le ligotter, lui subtiliser son beau briquet, répandre le pétrole, l'enflammer juste avant que n'arrivent Gaspard et ses hommes au petit matin, se cacher, et profiter de l'émoi général pour se tailler.
C'était un plan génial.

Josselin fit le tour de l'atelier dans le but de trouver un objet assez lourd pour assommer Jean-Flock. Cette inspection lui fit réaliser qu'il se trouvait là dans une usine d'assemblage de moteurs. Il avait passé une demi-heure en fin d'après-midi à assembler des éléments sans s'en être rendu compte, machinalement. Il s'approcha d'un produit fini. Moteur quatre-temps classique. Le condenseur centrifuge était de bien belle facture, de même que le dévaporisateur d'éléments lourds. Josselin connaissait le principe de fonctionnement de ce genre de moteurs, puisqu'ils équipaient n'importe quelle vapocalèche : la vapeur faisait tourner la turbine et s'échauffer des particules de plomb qui, à l'interieur de la turbine, une fois trop chaudes, alourdies, la faisait ralentir. Le dévaporisateur, en injectant de l'air frais via un système simple de soupapes, permettait le refroidissement des particules de plomb (appellées "éléments lourds" du moteur) afin que la rotation de la turbine puisse demeurer vive. Une invention sensationnelle, mais devenue somme toute banale.

Josselin n'attarda pas son esprit sur ces considérations mécaniques, et continua sa recherche d'un objet massif et empoignable, susceptible de taper assez durement la caboche de Jean-Flock pour lui faire perdre conscience.

Il trouva.
Josselin Stimeponque. Avec la clé anglaise. Dans l'atelier.
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Josselin Stimeponque

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MessageSujet: Re: A la rue...   Sam 1 Déc - 15:37

L'instrument de persécution bien en main et l'esprit bien décidé, Josselin se posta à côté de la porte par où Jean-Flock, immanquablement, reviendrait de son petit tour de guet nocturne.
Il n'attendit pas longtemps.
Quant à l'ouvrier pris au dépourvu, il reçut un coup de clé sur la caboche tel qu'il en hoqueta, laissa choir sa pipe dans un soubresaut, pivota sur lui-même sur une seule jambe, pour finalement tomber dans les pommes. Une belle chorégraphie, qui ne détourna toutefois pas l'attention de Josselin, braquée sur un seul dessein : la fuite.

Il trouva dans le bris-à-brac de l'atelier ne corde assez robuste pour saucissonner le Jean-Flock engourdi. De quoi faire un baillon ? Il dénicha un torchon pas trop sale qu'il roula en boule et lui fourra dans la bouche afin de le faire taire au moment où il se réveillerait.
Les poches. Ah, le briquet !

Josselin s'approcha ensuite des fûts de vieille huile qu'il avait repéré tantôt, et les déversa un peu partout dans l'atelier, sur le sol graisseux, sur les moteurs en cours d'élaboration, sur les outils, les établis, dans les toilettes, et sur les murs. Il ne préserva que ce qui était nécessaire pour déverser une trainée d'huile de l'atelier jusqu'à dehors, d'où il pourrait utiliser le briquet afin d'allumer un feu qui se propagerait le long du serpent d'huile pour ensuite envahir l'atelier tout oint. Machiavélique à souhait.

Restait une chose : pouvait-il sortir de nuit sans que la milice s'aperçoive de sa présence ? Si les pendards attendaient dans la venelle, derrière la grille, ils pourraient voir toute la cour de l'usine et tout ce qui s'y passait. A priori, Jean Flock n'avait pas eu de problème. Et depuis longtemps, on n'avait plus entendu les chiens.
Il risqua un coup d'oeil par l'entrouverture de la porte. Dehors, le silence du couvre-feu pesait dans tout Sipra et dans la cour de l'usine en particulier. Stimeponque en fut soulagé, et sortit de l'atelier à pas de loups pour traverser la cour. Arrivé à la grille, il eut la confirmation que les miliciens à ses trousses étaient partis. Plus trace d'eux : la ruelle était déserte.

Ni une ni deux, Josselin regagna l'atelier. Jean-Flock s'était remis, mais ses seuls signes de vie distinctifs étaient les grognements furieux qu'il émettait à travers le chiffon qui lui obstruait le museau.
Sans même accorder un regard à son bouc émissaire, Josselin empoigna le dernier fût, et déversa le pétrole lentement, tout en se mouvant de façon à re-sortir de l'atelier, re-traverser la cour, se cacher dans un recoin. De là, il n'aurait plus qu'à attendre les ouvriers au matin : ils verraient la feu, relèveraient la grille pour se hâter d'essayer de l'éteindre, et là ! Profitant de la dispersion, lui, il sortirait de son renfoncement et disparaîtrait !

Il devait bien être une heure du matin.

Faut pas dormir.
Attendre les ouvriers, guetter le retour des miliciens.
Etre synchro.
Ne pas dormir.
Attendre les ouvriers. Guetter le retour des miliciens.
Braver la fraîcheur de la nuit.
Mais surtout, ne pas s'endormir.
Le briquet. Les ouvriers. Les miliciens.
Quel plan foireux.
Pas dormir.
Plus de retour en arrière. Briquet. Ouvriers. Miliciens.
Ouvriers.
Miliciens.
Dormir.
Ouvriers.
Jean-Flock.
Jean-Flock ? Zut, il est resté à l'interieur de l'atelier ! Et s'il périssait dans les flammes ?
Josselin eut un noeud à l'estomac.
Il fallait au moins qu'il sorte Jean-Flock de là-bas, avant de bouter le feu !

Il se releva pour aller rechercher le pauvre bougre, pour au moins le mettre à l'abri du danger... et alors...

...Alors... Il entendit derrière l'enceinte de l'usine, de l'autre côté du muret...
...un chant.
Un chant de travailleurs. Un truc bêtement enjoué pour se donner du coeur à l'ouvrage. Gargl.

Les ouvriers revenaient bosser !
Panique !
Josselin fut pris d'un doute effroyable. IL S'ETAIT DONC ENDORMI ? Nom d'un fantôme de l'opéra !
Il avait donc dormi ?
Il ne savait plus où il en était... Jean-Flock devait encore giser dans l'atelier. Depuis des heures, maintenant !
Et lui, il devait y mettre le feu. Maintenant ou jamais !
Le chant s'amplifiait.
...
Maintenant. Tant pis.

Un trait de feu repta jusqu'au hangar. Le sort en était jeté.
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Josselin Stimeponque

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MessageSujet: Re: A la rue...   Ven 14 Aoû - 14:04

Le serpent de feu atteignit l'atelier, et l'incendie se propagea immédiatement à l'interieur du bâtiment, léchant les briques rouges et la tôle à une vitesse effroyable. Déjà les flammes montaient, donnant au jour nouveau ses premières lueurs avant même le soleil ; dans quelques instants, cette usine deviendrait un avant-goût des enfers.
Mais la troupe d'ouvriers était déjà là, alarmée, derrière la grille. Ils gueulaient et dans leur frénésie, tardaient à ouvrir cette damnée herse.

Josselin entendait, depuis le recoin où il se tenait caché, la grosse voix de Gaspard Stanton :

<< Fût d'vin ! Ernest, tu y arrives à l'ouvrir ? Vite, vous autres, allez poigner des sceaux dans le debarras à côté ! Et flûte, donne moi cette clé abruti !>>

Un declic, et la horde de cols-bleus envahit la cour de l'usine, moitié désemparés par le spectacle pyrotique. Les uns actionnaient la pompe à eau du préau, tandis que les autres constituaient la chaîne. Au milieu, Gaspard donnait ses ordres, ponctuant chacune de ses directives par un juron redondant : "le salopard", que Josselin savait lui être adressé.

Mais tandis que le brasier s'amplifiait, Josselin restait terré dans l'ombre. il lui suffisait de quelques mètres pour atteindre la sortie, mais elle était barrée par deux manoeuvres qui faisaient passer les seaux. Quant à Gaspard, ce dernier braillait car il devinait déjà que toute son usine allait être réduite en cendres : Josselin savait que s'il tombait entre ses mains, son sort serait mille fois pire qu'entre celles de la milice. Décidément, il ne faisait pas bon défier un Stanton.

Il fallait donc jouer le tout pour le tout. Il empoigna sa clé anglaise et se rua sur les deux tâcherons qui le virent et préférèrent s'ecarter. Josselin crut tenir son sésame mais un autre ouvrier arrivait avec un sac de sable et ce fut la collision, et Josselin roula une nouvelle fois dans la poussière. Ses doigts lachèrent l'outil qui lui lervait d'arme, mais il se releva prestement pour sprinter en direction de la grille.
Les trois ouvriers demeuraient interloqués et ne furent plus des obstacles à sa fuite. On ne put pas en dire autant de Gaspard Stanton qui sur ces entrefaits avait fondu sur lui. Josselin le vit du coin de l'oeil ramasser la clé anglaise et la lui jeter en direction du visage. Il se baissa, mais l'ustensile lui heurta tout de même le haut du cuir chevelu. C'est alors qu'il ressentit une grande douleur dans les reins : un autre ouvrier venait de lui administrer un coup de pied au flanc. Josselin trébucha et s'affala une fois encore, les cheveux en sang et le ventre en vrac. Il eut encore le temps de voir Gaspard le saisir par le col et lui balancer un poing rageur, puis plus rien.





Un bien mauvais plan finalement. Sans compter la destruction d'une usine d'assemblages industriels, la mort d'un innocent dans les flammes (on avait retrouvé les restes calcinés de Jean-Flock plusieurs heures plus tard, une fois l'incendie circonscrit) et les blessures diverses contractées. Quand Josselin reprit connaissance, il était pieds et poings liés dans une geôle. Nous en reparlerons.
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MessageSujet: Re: A la rue...   

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