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 Rue Sainte Marthe, Limite des Bas Quartiers

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Armand

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Date d'inscription : 07/04/2007

MessageSujet: Rue Sainte Marthe, Limite des Bas Quartiers   Sam 7 Avr - 13:54

La rue Sainte Marthe n'était pas la moins fréquentée de Sipra. Avec ses nombreuses échoppes, elle aurait même pu sembler prospère. Le tailleur Galutier vendait ses dernières créations à des prix modérés et, tout contre son établissement, Jess&Masson continuaient d'éveiller les papilles de petits et grands par leurs créations chocolatières si variées. Encore plus loin, on apercevait la demeure du Docteur Barnabé, un chimiste réputé pour ses nombreux échecs retentissants et souvent constatés de loin d'une simple volute noircie ponctuée d'un tonitruant juron du savant.
Fréquentée toute la journée, bondée, la rue Sainte Marthe détenait un pouvoir d'attraction qui ne faiblissait qu'aux premières heures de la soirée.

Lorsque la nuit tombe, les échoppes rabattent leurs devantures, les lumières s'éteignent. Seules subsistent au sol les lumières tremblottantes et crépusculaires des réverbères, un à un allumé par le vieux Joseph, boitillant seul dans la rue, son tison à bout de bras pour offrir à la rue Sainte Marthe sa parure nocturne et scintillante.
Puis il rentre chez lui. Et tout est calme... pourtant, c'est cette heure précise qui convient à un homme pour s'extraire vers cette absence de vie.

Malgré sa démarche féline, malgré ses cheveux longs et noir, malgré son regard efféminé, c'est bien un homme. Sa marche est souple, précieuse, comme si chaque pas risquait enfoncer l'un des pavés de la rue Sainte Marthe trop profondément.
A la lueur du premier réverbère de la rue, on aperçoit ses atours sombres et dentelés, puis il disparait de nouveau dans l'obscurité. A la lumière de la devanture de Galutier, on remarque ses hautes bottes, d'une griffe toute autre d'ailleurs, montées aux genoux et couronnées d'un revers de velours rouge sombre. Et l'ombre le happe encore.
Le lampadaire face à Jess&Masson capte de nouveau sa silhouette et se reflète d'une lueur en ses yeux, d'un bleu pénétrant.

Et l'individu continuait son chemin. Bientôt, la rue Sainte Marthe ne fût plus qu'un souvenir et la nuit reprit ses droits entiers.
Si cet endroit était tant réputé, c'est qu'il était seule limite commerçante entre le coeur de Sipra et ses bas quartiers, ce faubourg réputé miteux en lequel s'accomplissaient ces choses horribles et si improbables que répertoriait chaque matin le quotidien "Un autre Jour Siprasien". Meurtres, trafics et infamies semblaient sans cesse s'y dérouler. Tout cela semblait bien loin aux habitants du centre ville. Quant à ceux de l'Île Stable, ils en étaient à jamais éloignés. Seuls les agents mettaient encore les citoyens en garde sur les risques de tels endroits malfamés.

L'homme s'arrête soudain. Sa tête pivote de côté et cela manque de naturel... il semble se méfier. Son regard plonge au creux d'une venelle. Rien ne semble suspect... quelques bennes chromées trônent, trop chargées, au milieu de la ruelle. Pourtant, son ouïe n'a pas du le tromper. Il a entendu un bruit de fer qui claque, comme deux machoires de tôles engloutissant prestement un détritus goutû.
Il s'avance alors dans l'étroite ruelle, sans un bruit. Lorsqu'il parvient à proximité du premier récipient à ordures, l'odeur est telle qu'il plaque sur sa bouche un tissu de fines dentelles. Un chat le fait sursauter d'un miaulement rauque. Il ne peut s'empêcher de sourire de ces frayeurs infantiles qui ne l'ont jamais quitté. Ces deux agates scintillantes ne l'ont jamais rassuré...

Brusquement, il se penche au dessus de l'une des bennes. Un cri retentit, presqu'un couinement...
Mais il n'est pas de lui. Tout au fond de la poubelle, un gamin se recroqueville en gémissant parmis les ordures. Il semble avoir une dizaine d'années. Son habit est composé d'un haut qui rappelle un sac en lequel quatre trous ont été percés à la hâte. Son pantalon n'est qu'une guenille sale et froissée. Le visage de l'enfant est apeuré, maculé de crasse et de cambouis.
L'homme lui tend la main, le garçon la prend en tremblant, et hissé hors de la benne, il se retrouve nez à nez avec l'efféminé qui, posant un genou à terre, plonge son regard dans celui du gamin.

- Eh bien mon garçon... est-ce un endroit pour se reposer?
- N...non m'sieur...
- Que fais-tu donc seul dans les Bas Quartiers?
- Je... j'ai toujours été ...
- Tes parents ne sont plus ici?
- Ils sont morts...
le visage de l'enfant se durcit, ses poings se serrent... il retient un sanglot Un homme les a tués. Ils sont morts tout les deux... j'ai eu peur...
- Et tu n'as plus nulle part où aller?
Le garçon hoche négativement la tête, puis rivant ses yeux sur le pavé, il laisse les larmes s'écraser sur le sol grisâtre.
Allons, ne pleure pas...l'homme tend son mouchoir dont l'enfant se saisit... Viens avec moi, je vais t'aider. N'aie pas peur... tout se passera bien à présent.

Le petit garçon observe ce regard face au sien. L'homme sourit... il parait si bon malgré ses bizarreries. Le gamin hoche la tête et l'homme lui prend la main. Tout deux se redressent et l'individu et son nouveau compagnon se dirigent vers les bas quartiers, vers la demeure de l'homme qui tout au long du trajet, parle à l'enfant, l'entoure de murmures rassurants.

- Quel est ton nom mon jeune ami?
- Charles
- Charles tout court?
- Non... Charles Maillet...
l'enfant hésite... et ose demander et vous?
- Armand... juste Armand...


***************************

Le lendemain, la rue Sainte Marthe s'anima de nouveau, comme chaque matin. Les échoppes rétablirent leurs devantures, les réverbères furent un à un éteints par le vieux Joseph aux premières lueurs de l'aube. Les pavés retentirent de bruits de pas, de roulement de voitures.
"Un autre Jour Siprasien" fut encore vendu aux intéressés. En troisième page du quotidien, on pouvait lire ce titre:

_________________

"NOUVEAU MEURTRE DANS LES BAS QUARTIERS"


Un enfant de 9 ans sauvagement mutilé retrouvé par les agents Siprasiens au fond d'une benne. Entre ses dents, une rose noire sans épine.
_________________
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Claire

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MessageSujet: Re: Rue Sainte Marthe, Limite des Bas Quartiers   Mer 2 Mai - 15:01

Tout en marchant, Claire élabore un itinéraire qui allait lui permettre de ne pas se faire repérer ; le moins possible en tout cas.
Elle quitte donc le quartier d’Heurts et Crasses et se dirige en plein cœur des bas quartiers. Face à elle s’ouvrent plusieurs chemins :

Le premier, en direction du Mollard Rouge.
Elle écarte tout se suite cette éventualité, certaine de ne pas passer inaperçue dans ce quartier de débauche. Des agents arpentaient incessamment les pavés aux abords du Mollard et les rencontrer aux heures de couvre feu revenait à se rendre sans se donner une seule chance de parvenir au but escompté.

Le deuxième, vers le cimetière de Peur Lacheuse.
La jeune fille se dit que ce pourrait être une idée judicieuse, peu de personne s’aventurant au cimetière la nuit, du moins le croyait-elle. Néanmoins, le cimetière se situe dans la partie la plus éloignée du cœur de Sipra. Cachée, mais trop loin de son but !

Le troisième, vers les Lents Echinés.
Le quartier reste un des plus malfamés de la cité. Claire en est consciente. Cependant, elle pourrait sans trop de difficultés s’y terrer si un danger la guettait. Elle pourrait fuir et semer un agent. Elle pourrait même y trouver à de quoi se nourrir, la soupe d’eau chaude de l’orphelinat déjà trop vite digérée.

Sa décision prise, la petite blonde planquée sous sa casquette de garçon et sa tenue élimée, accélère le pas vers l’ouest. Cette fois-ci, elle ne savait pas si elle allait revenir au pensionnat. Elle ne se doutait pas de ce qui pourrait lui arriver.

Elle frôle les murs et se dissimule dans l’ombre aussi bien qu’elle arrive à le faire. Elle vient d’atteindre la rue Sainte Marthe. Les échoppes sont closes à cette heure de la nuit, tout est calme. Seuls quelques clapotis d’eau courant irrégulièrement le long de la rue ponctuent le silence qui l’oppresse et la met aux aguets, prête à bondir, préparée à fuir.
Elle évite tant que cela lui est possible de passer sous la lumière blafarde des réverbères lorsqu’un fracas retentit. La gamine reste figée, le souffle coupé, le cœur battant à tout rompre dans sa menue poitrine. Les yeux froncés en direction du bruit aigu, elle distingue l’ombre d’un énorme rat émergeant d’un tas d’ordures. Le silence revient le temps d’un court instant lorsqu’elle capte un bruit régulier de pas qui approchent. Elle part en courant dans la direction inverse.
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Joseph

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MessageSujet: Re: Rue Sainte Marthe, Limite des Bas Quartiers   Mer 28 Nov - 13:07

L'un après l'autre, les réverbères à gaz de la rue Sainte Marthe rayonnaient d'une vive lueur immaculée tandis que le bruit de petits clapets ponctuaient la ronde du veilleur. Joseph, dit le vieux, abaissait une fois encore sa "queue de rat" et refermait de nouveau l'une des petites vitres emprisonnant le petit manchon conservant ce bout d'aurore permettant à tout un chacun de cheminer comme en plein jour.
Pourtant, le vieux Joseph lisait les journaux Siprasiens... il savait qu'en ces lieux, à ces heures, peu de promeneurs se risquaient au fil des ruelles souvent peu recommandables bordant la rue Sainte Marthe, par peur d'une agression ou pire ces temps-ci... d'un meurtre violent et injustifié.
Lui, se contentait d'allumer les réverbères. Cela n'était d'aucune utilité si l'on considérait l'état de fait actuel. Mais ce n'était pas le souci du veilleur... après tout, les voies du Grand Stanton étaient impénétrables et il n'avait nullement envie d'y mettre les pieds.
Sa mèche se consuma jusqu'au bout de ses doigts racornis et noircis et le Vieux fourragea dans la poche de son grand manteau brun et poussiéreux.


C'est pas d'qualité ce genre de choses... à mon époque, on savait faire d'la ficelle plus dure que d'l'acier. On l'appelait d'l'acicelle d'ailleurs... c'était dans l'temps où j'servais sous les armées de l'autre empereur... Pas celui qu'on connaît mais son Grand Père...Un géant d'au moins deux mètres...L'kaiser qu'il voulait qu'on l'appelle...

Son éternelle solitude nocturne le rendait sénile... pauvre Joseph...
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Pet

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MessageSujet: Re: Rue Sainte Marthe, Limite des Bas Quartiers   Ven 28 Déc - 0:09

Le rêve de noël

1

Les poings serrés de frustration, je rentrais. Ma mère m'avait encore envoyé chez Wong lui acheter sa dose de rêve en fumé. En fumé comme ses économies qui avaient disparues depuis que ce nouveau vice était venu hanter son esprit.

De courtisane enviée, elle n'était plus que l'ombre déchue. Après ma naissance, le scandale et l'opprobre étaient tombés sur ma mère. Elle, si courtisée par l'aristocratie, s'était vue déchue de tout rang pour une simple histoire d'adultère et d'enfant illégitime.
Maintenant, ce n'est plus qu'une petite chose plaintive sous la protection de cette grosse brute de Rocco. Une prostitué se laissant monter et battre par ses clients pour pouvoir se payer l'oublie dans les vapeurs d'opium.

Passant devant la vitrine de Jean Pettreau, je m’arrête pour y jeter un coup d’œil. Avant de pouvoir lorgner l’objet de mes désirs, je suis confronté à la triste réalité. Dans la vitre, l’image d’un jeune garçon, pas plus de sept, huit ans, les habits maintes fois rapiécés, les godasses trouées, encore un peu de crasse étalée sur le visage me fait face.

« Ah … comme j’voudrais être com ces gosses d' bonne famille qui n’ont qu’à s'faire un petit caprice pour qu' leur mères leur offrent les merveilles qui a derrière c'te vitrine. »

Mon regard est tout particulièrement attiré vers ce panier dans un coin obscur : un assortiment de poupées, d’automates et de marionnettes, restants et invendus à prix bradés. Peut être, si ma mère n’a pas trouvé ma cache pourrais je m’en offrir un ou une pour cette fin d’année ? J’aurais comme ça mon premier vrai noël.


Dernière édition par le Ven 25 Jan - 13:16, édité 1 fois
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Armand

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MessageSujet: Re: Rue Sainte Marthe, Limite des Bas Quartiers   Sam 19 Jan - 0:29

L'enfant était là, dos à lui, le nez collé à la vitrine en l'attente d'une hypothétique possibilité de la traverser afin de profiter de l'envers du décor et d'en assumer toute une folie infantile. A l'orée de ses lèvres, une légère buée s'échappait pour s'étendre contre la vitre embrumée par ces souffles émerveillés et petites mains si douces qui s'y posaient frénétiquement.
Armand observa ce gamin des rues. Il semblait farouche, passioné, prêt à mordre ou à s'enfuir... ils étaient tous si innocents à cet âge. Combien pouvait-il compter de printemps en sa courte vie? Tout juste une dizaine, peut-être moins... moins, ce serait mieux.

Elles te plaisent?

Avançant d'un nouveau pas, Armand contempla la vitrine et engagea ainsi nonchalemment la conversation. Couvert de ses atours coûteux et luxueux, il contrastait singulièrement avec les frusques du garçon. Afin de compléter ce tableau dérisoire, des petites chaussures trouées épousaient grossièrement ses pieds dont Armand ne pouvait même s'autoriser un doute quant à leur prétendue noirceur ou saleté, comme tous ceux des gamins des rues. Sipra était une société industrielle. Tandis que les pavés se couvraient des pertes substantielles d'immenses cheminées, les riches grossissaient en semelles, quant au reste de la société... il pataugeait dans la gloire siprasienne. Mais Armand n'était plus conscient d'une pensée politique. Seule semblait s'imposer à lui l'image de ce jeune enfant, les yeux pétillant de convoitise face aux merveilles d'un monde que le ténor n'avait connu.

Pourquoi ne choisirais-tu pas l'un de ces pantins bariolés? Ou ces exquises poupées?

Montrant du doigt chaque article qu'il désignait, Armand affichait un grand sourire tandis qu'il continuait discrètement d'observer les réactions du garçon à ces propositions plus qu'alléchantes...
Le désir était un fardeau... il fallait l'alléger.
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Pet

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MessageSujet: Re: Rue Sainte Marthe, Limite des Bas Quartiers   Ven 25 Jan - 13:11

Territoire

2

Soudainement ramené à la douloureuse réalité de cette rue crasseuse des bas cartiers , je sursaute légèrement et fait un léger pas de recul. Que vient il de me dire ? Qui est il ? Le trouble m'assaille et ne me laisse reprendre mes esprits. Je suis encore dans mon monde onirique et cet inconnu m'a pris par surprise. Que faire ? Je baisse la tête pour me laisser le temps de réfléchir et mes yeux se pausent sur ses luxueux souliers. Cet homme m'a l'air particulièrement riche. Pourrais je vraiment en tirer quelque chose ou se moque t-il de misérable condition ? Après tout qu'ai je à perdre à essayer ...

Je relève donc la tête vers l'homme, un sourire timide sur les lèvre et les yeux pétillant de fièvre.

« Vous vous trompez m'sieur, si j'puis dire. C'est pas les jouet pour ptite fille de bonne famille comme ceux de chez vous que j'regarde. » Un doigt tendu vers panier dans une zone sombre de la boutique. « C'est celle là que je veux. Celle que je pourrais appeler ptite sœur et qui m'ressemble. »

Spoiler:
 

Je me retourne alors vers l'homme que j'observe réellement pour la première fois. Je réprime un hoquet de surprise. Quelle classe ! Que peut bien vouloir un tel individu si loin des beaux cartiers ? Il ne ressemble pas à ces jeunes aristocrates qui viennent éprouver leur courage dans nos sombres ruelles.

« Mais, c'est pas la peine de vous moquer avec vos grands airs, m'sieur. J'sais que chuis qu'un ptit gars des rue et que j'pourrais pas l'avoir. Et puis,si vous chercher un gosse pour vos plaisir pervers de riche, chuis pas à vendre. Chuis pas encore tomber jusque là. »

Je fait alors un bond en arrière prêt à recevoir la réponse à mon impertinace.
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Armand

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MessageSujet: Re: Rue Sainte Marthe, Limite des Bas Quartiers   Ven 1 Fév - 19:40

Méfiance à l'état pur, sauvage... l'âme d'Armand s'enflamma et tout son être tenta de réprimer des tremblements s'emparant de son corps. L'air était frais, assez pour que cela passât inaperçu. L'enfant éveillait en lui cette sensation de plaisir, de défi. Il était là, face à lui, reculant légèrement tandis qu'Armand esquissait un exquis sourire, rassurant et offrant au son de sa voix profonde une intonation joyeuse.

Celle-ci?

Son regard glissa en direction de l'article indiqué. Un pantin lugubre, cheveux longs et yeux de braise, couvert de poussière, trônait parmis diablotins espiègles et sorcières aux nez crochus. Le ténor comprenait l'enfant... l'objet était sombre, unique en son genre et démontrait le goût déjà sinistre de l'enfant pour les babioles.
Le gamin se mit soudain à reculer et Armand Gabriel haussa un sourcil amusé. Le vieil instinct des gosses des rues était toujours si vif... et pourtant. Chaque impression corroborait la précédente. Ces petits corps devaient petit à petit être amadoués avant de venir se réfugier en ses ombres protectrices.
l'enfant a écrit:
Mais, c'est pas la peine de vous moquer avec vos grands airs, m'sieur. J'sais que chuis qu'un ptit gars des rue et que j'pourrais pas l'avoir. Et puis,si vous chercher un gosse pour vos plaisir pervers de riche, chuis pas à vendre. Chuis pas encore tomber jusque là.
Allons mon enfant... Je suis fortuné certes, mais loin d'être fou. La vérité est toute simple et bien au delà de ces considérations inquiétantes. Fût un temps où j'ai habité l'avenue des Lents Echinés. Mes parents n'étaient que simples citoyens, je puis te l'assurer. Lorsque l'envie m'en prenait, je venais scruter les nouveautés de Jean Pettreau, désireux de chaque merveille qu'il pouvait proposer. A l'époque, je ne pouvais m'offrir ces articles... mais à présent, je rattrape le temps perdu, et... ,adressant un clin d'oeil au garçon, en fais profiter quelques jeunes amis.
Je suis bien trop âgé pour m'adonner à de telles occupations... je gamine par procuration.


Reportant son regard sur la marionnette, Armand sourit de nouveau, serrant légèrement les dents afin de calmer un soubresaut s'échappant malgré lui de son corps. La proximité de l'enfant malgré sa réticence tendait à éveiller ses sens plus efficacement que n'aurait pu le faire quelconque drogue dont il avait jadis abusé. Ces produits estiens avaient été d'une grande aide, hélas temporaire, pour calmer ses instincts anormaux, cette entité sombre et avilissante qui sommeillait en lui. Le sang la baignait entièrement, gorgeant chaque pore de sa peau écailleuse. Habité par le malin, Armand s'abandonnait à présent à son appel pressant, incapable de se contrôler et refusant de survivre grâce aux drogues dures qui peu à peu l'annihilaient.
Le chanteur avait conscience de sa lacheté... mais sa vie et son statut social devaient être préservés... à qui pourraient manquer quelques gosses des rues désoeuvrés?

Je crois que c'est un bon choix... le meilleur même. Allons libérer ta petite soeur de cette devanture poussiéreuse... pendant ce temps, tu me conteras ce lien qui te lie à elle. Pourquoi la nommes-tu ainsi? En quoi te ressemble-t-elle?... et quel est ton nom mon garçon?

Poussant d'une main la porte de l'échoppe, Armand entendit la petite clochette se déclencher tandis que le pan de la porte y buttait en son sommet. Son regard souriant tourné vers le garçon, il haussa les épaules d'un air comique.

Oh tu n'es pas obligé, je comprendrais que tu sois occupé. Personnellement je m'ennuie un peu et cela me fera passer le temps d'ici ma prochaine représentation.

Suis-moi... cette pensée envahissait son esprit, manquant de s'échapper du bout de ses lèvres. Quel enfant pourrait résister au don de l'objet de ses convoitises hors de portée de sa pauvreté?
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MessageSujet: Re: Rue Sainte Marthe, Limite des Bas Quartiers   

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