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 Au Comptoir du Mollard

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Maria Delvadde



Nombre de messages : 9
Date d'inscription : 09/04/2007

MessageSujet: Au Comptoir du Mollard   Lun 9 Avr - 15:56

Le Mollard Rouge ne désemplissait pas en cette heure tardive. La population était hétéroclite, grande consommatrice en son ensemble, ce qui ravissait Maria Delvadde, la tenancière des lieux.
Son regard alla de la porte de l'établissement, gardée par les deux videurs Ambre et Déviant, et parcourut le reste de la salle, se posant tour à tour sur un agent siprasien à l'air méfiant, un anarchiste tonitruant et cette personne qui lui faisait face à l'instant, un borgne à l'air égrillard, le ton peu subtil et les dents pourries. Son haleine allait de mise avec le reste, pour son grand malheur, et Maria se força à sourire tandis qu'elle réajustait sa tenue tant bien que mal.

La Delvadde, comme on l'appelait dans les Bas Quartiers avait, disait-on, combattu aux côtés des premiers grands anarchistes de l'Ere Antérieure. Malgré son âge moyen, la tenancière n'avait jamais démenti ces allégations, estimant qu'elles servaient mieux que n'importe quelle autre publicité mensongère ses intérêts. Appuyant ce mensonge éhonté, une multitude de détails offraient à Maria de quoi prouver ces racontards. Alors qu'elle était petite fille, elle jouait aux alentours de l'Orphelinat d'Heurts et Crasse, son foyer de petite enfance, et lorsqu'elle était tombée sur le pavé lors d'un jeu trop précipité, une calèche n'avait eu le temps de stopper ses machines et l'un des bras de la fillette avait été tranché. Maria entendait encore ses os craquer tandis qu'elle hurlait à mort. Son épaule avait été épargnée... mais son bras n'était plus. A la place, Maria avait voulu une prothèse argentée. Peu mobile, peu commode, mais qui semblait compenser ce manque qui l'habitait alors. Elle avait du en faire des choses pour l'acquérir, cette prothèse... C'est d'ailleurs après avoir exercé un certain métier que la Delvadde avait réussi à monter son propre commerce afin d'offrir en cette ville chaste un brin de folie et d'irraison, le tout assaisoné d'illégalité.

Le regard de la tenancière ne quitta plus celui de l'édenté tandis qu'elle lui adressait un sourire forcé. Son visage ainsi déformé d'une grimace pseudo amicale semblait bel et bien plus âgé. Deux décennies en trop semblaient s'imprégner de tout son être pour s'y loger. Mais Maria était bien plus résistante qu'elle ne le paraissait.
Son énorme poing d'acier vint frapper le bord du comptoir, serré, et d'une voix douce contrastant étrangement avec ses manières peu amènes, elle s'adressa à l'individu, espérant qu'il n'était pas atteint de surdité en plus de tout ses défauts. La musique n'était pas assez forte pour couvrir ses paroles, mais le brouhaha ambiant restait conséquent.

- Qu'est-ce qu'il prendra mon Beau?

L'homme sembla hésiter un moment. Son air grivois s'affina en un sourire sordide et il se pencha en avant. Maria pouvait aisément voir son cache-oeil se soulever légèrement tandis qu'il se rapprochait. Elle avait vu bien pire... mais cette haleine...

- T'es la Delvadde?

La question était saugrenue... La tenancière éclata de rire et l'agent tourna son regard vers elle. Il semblait la surveiller de loin... pourtant, Maria n'en avait cure et c'est en tapant de nouveau son poing contre le comptoir qu'elle s'adressa à l'empuantis du goulot.

- Non moi c'est Lord Stanton! Et je vis dans la Tour dorée!
- Pas d'ironie ma belle... dans les affaires... on ne sait jamais.


Maria haussa un sourcil intrigué. Les affaires?
Il est vrai que le Mollard Rouge était réputé pour abriter les trafics de tout poil. Mais les habitués étaient connus, les agents à arroser de même, et celui-là ne faisait pas partie des lots. Jetant un coup d'oeil par dessus l'épaule de l'inconnu, elle aperçut l'Agent qui, toujours, les observaient. Lorsqu'il se rendit compte du regard de Maria dans sa direction, il se replongea dans sa lecture de journaux sans se presser.
La tenancière sourit, toussota et replongea son regard en l'oeil unique de l'éclopé.

- Et qu'est-ce qu'il boit le commerçant?

L'homme se rapprocha encore...

- Je cherche quelque chose de particulier... on m'a dit que La Delvadde saurait où m'en procurer... une certaine substance..

Ainsi donc, il était bel et bien à la recherche de ces produits illicites que les agents Siprasiens s'empressaient d'interdire, autorisant tacitement une mafia à se développer afin que l'argent sale des grands pontes ne cesse de se blanchir ... pour l'équilibre Siprasien comme ils le disaient si bien.
Maria sourit de nouveau. Sa prothèse racla le comptoir un instant avant de se dresser pour ouvrir le portillon du comptoir, autorisant l'éclopé à venir la rejoindre. L'agent s'était encore interrompu au milieu de sa lecture tandis qu'Ambre et Déviant hochaient discrètement la tête à l'attention de la tenancière avant d'interdire momentanément l'entrée du bâtiment de leurs deux seules carrures.

Maria ouvrit la petite porte derrière le comptoir et invita le borgne à franchir ce pas vers un autre lieu... plus confiné. Un couloir délabré au plafond couvert de tuyaux bruyants s'étalait devant eux. Ils le parcoururent jusqu'à son extrémité, la tenancière légèrement en retrait.
Arrivé au bout du chemin, le Borgne examina l'endroit. Pas de porte, pas d'issue, une impasse. Il se retourna, l'air renfrogné, et s'apprêta à exprimer son mécontentement. Son front se retrouva alors exposé à l'arme de la Delvadde.
Bras tendu, la tenancière tenait le borgne en joue, un large sourire s'épanouissant sur son visage trop vite vieilli et pourtant si jeune soudain. Une première goutte de sueur parcourut la nuque du Borgne...

- Qu'est-ce que ça signifie?... que... QU'EST-CE QUE CA VEUT DIRE, GARCE!
- T-t-t-... il va se calmer... se taire... me laisser le temps de respirer... tu vas mourrir tu sais...
- ET POURQUOI? Tu ... TU CREVERAS AVEC MOI! Tu...

La tenancière appuya sur la détente. Le déclic ne fut même pas entendu par le Borgne. Peut-être était-il déjà mort de peur avant que la balle ne l'atteigne. Lorsque son crâne explosa, répandant sur les murs des bouts d'organes dégoulinants et rougeâtres, Maria avait déjà rengainé son arme, tout contre sa cuisse. Ses balles ne pardonnaient pas... plus longues que la moyenne, elles étaient propulsées par un revolver au canon plus allongé que l'arme standard, ajoutant la précision du tir à son efficacité.

Tournant le dos à la scène, Maria siffla deux fois. Au milieu du couloir, une lourde porte sale s'ouvrit. Un être massif en sortit sans bruit, trainant derrière lui une longue hache mécanique rouillée.

- Ne l'éparpille pas s'il te plait... Jette-le simplement dans la Nesie, en amont. Le temps qu'il remonte à la surface, les produits de la raffinerie l'auront déjà bien entamé.
- ...


La tenancière revint derrière son comptoir, l'air de rien, fermant derrière elle la petite porte. Ambre et Déviant se séparèrent, contrôlant de nouveau les entrées et sorties sans les interdire. L'Agent Siprasien replia tranquillement son journal et vint s'accouder face à La Delvadde.

- Eh bien Harris! Il semblerait que tes collègues ne valent rien en solitaire.
- Beaucoup feraient n'importe quoi pour s'élever... démanteler un trafic est constitutif d'une grande réussite aux yeux de Lord Stanton et de... Maria! Je risque gros!
- Garde ton baratin Harris. Dis-moi plutôt ce que tu prendras.. en plus de ce que je te dois.. c'est la maison qui offre... tout ce que tu veux...


La Delvadde adressa un clin d'oeil désarmant à l'Agent corrompu qui en oublia bien vite son raisonnement.
La musique continuait de retentir, l'établissement tournait à plein régime... et au coeur de cette tourmente débauchée, le rire de la tenancière ne cessait de s'élever, ponctuel, libéré, effrayant aussi...
Le Mollard Rouge survivrait... à tout prix...
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Vittorio Gasmane



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Localisation : Entre ennui et chaos, là où jailissent les Eurêka
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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Ven 13 Avr - 23:24

Gasmane arriva aux abords du Mollard Rouge sans encombre, exercé qu'il était à l'art d'esquiver l'assaut des habitants des bas-quartiers.
On entendait déjà le brouhaha émanant du lupanar.

Bien longtemps qu'il n'était venu dans l'antre de Maria...
La mort de Pierre, les soirées passées à sillonner les salons clinquants des privilégiés de la ville, ses recherches dissimulées et menées seul avec opiniâtreté, l'arrivée du gamin dans sa vie, tout cela l'avait écarté du Mollard Rouge.

En ouvrant la porte d'entrée, le visage de Vittorio se détendit, un front lisse et un sourire nostalgique s'y affichèrent.
Un peu bousculé par la cohue des nombreux clients et rieuses employées, il parvint à trouver une place au comptoir où il attendit que Maria le remarque.

Gasmane la regarda tranquillement liquider ses affaires, la langue vive et la gestuelle expressive malgré ce bras mécanique.
Dieu qu'elle était belle encore. Vénéneuse et gouaillante mais définitivement attirante.
Le mondain soupira et prit son mal en patience.
Il fixa les attaches métalliques de la prothèse, à la recherche d'un défaut ou d'une pièce usée, mais nul doute que Maria en prenait bien soin.

Il fallait traiter d'une affaire d'importance avec la tenancière, puis discuter un peu avec les filles, s'enquérir de leur bien-être, des dernières nouvelles aussi... aucun ragot ne circulait mieux qu'au Mollard Rouge, destination finale de toutes les rumeurs confirmées en ce monde.
S'offrir peut-être un moment de délice...
A cet instant, l'image de la ravissante Gisèle Plissant lui vint en tête et musela tous ses élans.
Juste bavarder un peu, au calme, peut-être dans sa chambre préférée, la seule ornée d'une fresque aux détails osés et où l'on pouvait reconnaître les modèles pour les avoir caressés soi-même.
Le passé resurgissait dans l'esprit de Vittorio, alors que Maria était toujours affairée de son côté.

Tout jeune habitué du lieu qu'il était, à l'époque, à traiter ces filles de joie en princesses, à leur jurer qu'elles sont toutes filles de Vénus, à se réfugier entre leurs jambes quand l'atelier l'oppressait... Et puis ce jour où Pierre était venu le sortir de ses draps, fulminant car le travail n'avançait plus. Vittorio vautré dans les draps froissés, parmi des filles endormies. Certaines sortirent, d'autres attendirent pour prendre la défense de leur favori, et s'ensuivit un long monologue où Pierre s'épancha sur leur responsabilité commune et leur projet de sauver Sipra de sa déchéance... et il s'arrêta d'un coup.
Levant le nez, Pierre découvrit, médusé, le ciel de la chambre. Une scène érotique y était fraîchement peinte, hymne à la beauté des corps et de leurs enlacements, à l'exaltation des chairs, au frottement des peaux...
Furieux, Pierre avait saisi son associé par le bras, jeté sur lui ses vêtements et hurlé qu'il n'y avait qu'une chose qui importait, et ce n'était certainement pas de peindre, ni de baiser chaque catin que l'on croisait, mais d'œuvrer pour le bien de Sipra.
Quelques jours plus tard, Pierre était arrêté et jeté au cachot avant d'être torturé à mort.

Vittorio soupira...
Il amènerait sûrement le gamin au Mollard, d'ici un an ou deux.
Lui offrir une leçon de volupté, aussi indispensable que de savoir lire ou écrire.
Maria était toujours occupée, mais Gasmane se força à réfléchir à sa requête.
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Vittorio Gasmane



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Ven 13 Avr - 23:45

Voyant enfin la tenancière s'approcher, Vittorio lui offrit un sourire sincère et lança :
– Ah Maria de mon cœur, tendre mygale au parfum sulfureux, enfin disponible pour un vil parleur de mon acabit ?
Toujours sublime et tes affaires semblent bien se porter, à ce que je vois.
Bien longtemps que je n'étais venu visiter ton exquis boudoir.
Et les filles rajeunissent, c'est un vrai miracle. Il faudra que je me mette au courant des nouveautés.
Réjouis-toi, ta maison est bien moins poussiéreuse et maculée de vices que celle des épouses bourgeoises...
Si on néglige ces quelques tâches de sang, sur le mur, là...
Mais laisse-moi t'expliquer le but de ma visite.
La vie se complique et il n'est plus question de négocier quelques heures de débauche.

Sers-moi un triple cocktail de ce que tu as de plus fort, même si ça implique une fée verte sur l'étiquette, ma demande vaut bien ça.

Tu vas me prendre pour un fou, séduisante vouivre... je le sais... je le suis...


Gasmane but d'un trait ce que Maria lui servit, toussant au passage et manquant s'étrangler.

– J'ai besoin que tu me rendes service, ravissant démon.
Une affaire bien difficile à mener...
Je ne vois que toi, pour pouvoir me fournir ce dont j'ai besoin.


S'approchant de son oreille, la main en coupe, Vittorio murmura sa demande à l'oreille de la tenancière intriguée.

– Mes études avancent.
Il me faudra un Agent. Vif.
Qu'il soit capturé et mené à mon domicile dans le plus grand secret et de sorte que sa disparition ne soit jamais remarquée.
Le temps presse, ravissante Salomé...
Pas de tête à couper, juste un stupide cobaye à me procurer.
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Maria Delvadde



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Sam 14 Avr - 2:48

L'hétéroclisme du Mollard Rouge était réputé. Maria en faisait son commerce et sa fierté... On ne pouvait pas dire que ce lieu était un havre de paix, ni une zone de "statu quo". Ambre et Deviant rappelaient ce fait par leur simple présence. Alors qu'Ambre, le grand basané, était couturé de la tête au pied, Deviant arborait un crâne chauve et bosselé, renforcé d'une épaisse plaque de métal, signe distinctif des trop grands bagarreurs à l'enface perturbée. Les deux ne parlaient pas beaucoup et préféraient frapper avant de réfléchir. Cela convenait à la Delvadde. Dans les Bas-Quartiers, nombreux étaient ceux mésestimant le pouvoir d'une paire de bras bien développée. Leurs vies étaient souvent courtes.

Un de ces spécimens se présenta au comptoir. Maria l'avait de suite remarqué. Ambre s'était contenté d'un grognement pour attirer son attention à l'entrée de cet homme sans âge qu'était Vittorio Gasmane, ce savant fou qui avait hanté ses jeunes nuits avant de les déserter. Oh! Vittorio n'était pas le type d'hommes qu'une femme aurait aimé accompagner si intimement. Non seulement il était nerveux, distrait, mais en plus peu endurant. Sa seule qualité était ce caractère souple et changeant qui faisait que chaque instant que Maria avait passé à ses côtés semblait unique en ses souvenirs. Pourtant, Vittorio ne devait plus y penser depuis tout ce temps... Maria, d'ailleurs, l'avait presque oublié.

Elle ne voulait pas l'aborder dès son entrée, consciente qu'il ne venait que pour elle se perdre dans les Bas-Quartiers. Vittorio avait réduit la fréquence de ses visites à mesure qu'il s'élevait dans l'ordre social. L'Île Baste serait l'exil final du savant loin d'elle, mais Gasmane semblait encore enclin à lui accorder un peu de son temps... Elle voulait en profiter, et la Delvadde l'observa du coin de l'oeil tandis qu'il la contemplait de bas en haut, s'attardant sur son bras cerclé de fer et si mal articulé. L'une des premières oeuvres de Vittorio pour récompenser celle qui lui avait tant apporté, tant au niveau affectif que professionnel. D'ailleurs, l'une de ces valeurs s'était emparée de l'autre, l'annihilant peu à peu, pas tout à fait pourtant.

Elle consentit enfin à lui accorder son attention tandis que tel un jeune homme trop pressé, il s'affirmait de son langage fleuri et troublant de sincérité malgré cette ironie qui semblait habiter ses traits. Maria haussa une épaule et sa prothèse reposa sur le comptoir, le bout des doigts chromés battant une mesure arbitraire, le bois du bar résonnant sourdement et ponctuant les paroles du Docteur Gasmane.

Vittorio a écrit:
Ah Maria de mon cœur, tendre mygale au parfum sulfureux, enfin disponible pour un vil parleur de mon acabit ?

*Toujours aussi sûr de toi mon Vito...*, pensa-t-elle à ces premiers mots.

Vittorio a écrit:
Réjouis-toi, ta maison est bien moins poussiéreuse et maculée de vices que celle des épouses bourgeoises...
Si on néglige ces quelques tâches de sang, sur le mur, là...

Le sang, tu m'avais promis de me concocter un produit miracle pour le faire disparaitre sans tarder... Je l'attends toujours Vito..., grommela-t-elle, une moue boudeuse sur le visage.


Vittorio a écrit:
Sers-moi un triple cocktail de ce que tu as de plus fort, même si ça implique une fée verte sur l'étiquette, ma demande vaut bien ça.

Avant même qu'il n'eût finie sa phrase, Maria s'était tournée vers la salle, balayant les convives d'un regard qui se figea en celui d'Harris. Celui-ci hocha doucement la tête et Maria lui accorda l'un de ses sourires désarmants que l'Agent ne pouvait supporter sans laisser fleurir sur son visage un sourire niais et béât. L'alcool était autorisé, certes. Mais Lord Stanton s'était mis en tête qu'il fallait contrôler les boissons offertes dans les lieux prévus à cet effet. Selon lui, cela "permettait au bon Citoyen de la Grande Sipra de garder la tête froide pour accomplir les tâches qui lui étaient attribuées". Bref, le vieux Clif' se contentait de porter atteinte au commerce de Maria pour étoffer égoïstement le sien.
L'accord d'Harris soutiré, Maria prépara la boisson sans cesser d'écouter Gasmane monologuer. Elle lui offrit sa boisson tandis qu'il murmurait:

Vittorio a écrit:
J'ai besoin que tu me rendes service, ravissant démon.

Evidemment. Il ne venait pas seulement pour ses beaux yeux, c'eut été utopique de la part de la Delvadde d'y songer même un instant. Soupirant, elle s'accouda au comptoir, se rapprochant de Gasmane pour entendre son chuchotis pseudo discret. Au Mollard, les oreilles étaient surdéveloppées...

Vittorio a écrit:
Il me faudra un Agent. Vif.

Vito...

Le poing de Maria se serra un instant tandis que son visage se crispait. Elle s'efforça de reprendre son calme, inspirant et expirant tour à tour, plusieurs fois, avant de prendre la parole et expliquer cette humeur soudaine.

Tu arrives toujours trop tard Vito! Ce que tu cherches, je viens juste de l'utiliser pour combler les fosses du lit de la Nesie! Il y a quelques jours à peine! Ca oui, il était vif! Mais pas assez pour moi... Et tu n'as pas été assez vif de ton côté. Il devient dur de s'en procurer, très dur. Tu ne connais pas le vieux Clif' comme je le connais. Il me travaille au corps, mais reste prévisible après toutes ces années. Là, il va commencer à se méfier de nouveau et je ne vais pas pouvoir te sacrifier mes ouailles, tu le comprends bien...
Mon Vittorio...


Son humeur s'apaisant soudain, sa prothèse racla le comptoir tandis qu'elle la ramenait à son côté. Sa seule main valide vint calmement se poser sur celle de son interlocuteur, caressante, et le regard de la Delvadde scintilla d'une lueur que seule les souvenirs pouvaient raviver.

C'est toujours pareil... Toi et tes occasions manquées...
Comment se porte Dix-Coups? Je ne le vois plus aux Bas-Quartiers ces temps-ci. Serais-tu parvenu à prévenir ses fugues et à t'en occuper? ... non, je le vois bien...
Prends soin de lui Vittorio. Il est le seul qui te sera fidèle à tout jamais... le seul.


Un nouveau soupir s'échappa de ses lèvres tandis qu'elle se redressait, abandonnant la peau duveteuse du dandy savant, laissant sa main reposer à son côté, le bras fléchi et l'autre, amas mécanique, tombant sur son flanc.

Je vais y réfléchir Vittorio... j'y réfléchirai... En retour, tu sais ce que je désire j'imagine...

Laissant l'idée faire son chemin, Maria resta ainsi face à lui, un sourire carnassier envoûtant tout son beau visage. Abandonnant un instant ce regard insistant du savant, elle hocha discrètement la tête dans la direction de l'agent corrompu pour lui faire signe de se tenir prêt à venir la rejoindre. Pour contenter cette demande du docteur Gasmane, il fallait encore mettre à l'amende Harris. Maria savait qu'elle se devrait peut-être de céder à certains chantages eccoeurants de l'agent pour parvenir à ses fins, mais cela ne l'inquiétait plus. Vittorio malgré ses absences continuelles ces derniers temps, possédait des capacités qui lui étaient nécessaires. Il était l'un des piliers fondateurs de sa fortune, indirectement... mais cela, elle ne pouvait l'avouer... Ses intérêts étaient en jeu, mieux valait les préserver!
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Vittorio Gasmane



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Jeu 19 Avr - 0:47

Vittorio soupira de soulagement lorsque Maria en vint finalement à accepter sa demande. Il aurait été étonnant qu'elle accepte facilement, mais il semblait que l'affaire suivrait son cours.

Gasmane sourit à la tenancière, lui baisa la main et la laissa à ses affaires en lui promettant qu'elle aurait tout ce qu'elle souhaitait en échange de cet accord, même un détachant pour ses tapis.

– A bientôt, voluptueuse mante, je dois retourner à mes toiles...
L'art n'attend jamais, et je sens mon inspiration décuplée après ces quelques mots en compagnie de la plus démoniaque des muses.
J'amènerai le petit la prochaine fois, lui apprendre les rouages de ton bras mécanique... il va adorer.


Le mondain repartit, la mine concentrée, plus rien ne semblait exister, si ce n'était un macaque sanguin et une machine miraculeuse.
Le temps de rentrer à pied à son logis, l'expérience était déjà en marche dans son esprit.
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Maria Delvadde



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Ven 27 Avr - 21:17

Et une fois de plus tu ignores mes questions... Seulement l'essentiel Vito... Seulement l'essentiel... comme à l'époque. Décidément, rien ne change en ce bas monde...

Le murmure de la Delvadde accompagna la sortie de Gasmane qu'Ambre et Deviant laissèrent passer après un coup d'oeil appuyé de la tenancière à leur encontre. Le filou connaissait son affaire. Maria n'était pas femme à se laisser défier sans réaction de sa part. Un agent? Ils tombaient sur elle comme les pommes pourries d'un vieil arbre trop secoué. Il n'y aurait qu'à les ramasser plutôt que les jeter, voilà tout.
La lourde main métallique de Maria retentit sourdement une nouvelle fois sur le comptoir tandis qu'elle l'y déposait. Articulant faiblement les mécanismes digitaux, elle regretta que le savant ne se soit attardé sur son oeuvre, bien qu'achevée, toujours pleine d'anomalies qui ne cessaient de l'handicaper.

Harris arriva au comptoir à cet instant, répondant au précédent appel de la Delvadde. L'air soucieux, presqu'en pamoison, comme à son habitude, l'agent tamponna son front brillant avant d'offrir à Maria ce ton tremblottant d'âme damnée qu'il ne cessait de lui servir lorsqu'il ne se sentait plus à l'aise... ah ça... les hommes... toujours à fanfaronner entre deux galipettes avant de sombrer dans la réalité... et la Delvadde, cela l'exaspérait.

- Des ennuis Maria?
- Ecoute-moi bien mon beau, je ne vais pas y aller par quatre chemins... Harris...
prenant la main de l'agent corrompu, cela fait si longtemps que nous travaillons de concert pour notre doux succès...
- C'est vrai Maria... mais... je connais trop bien ce regard, depuis tout ce temps, d'ailleurs... j'ai appris à...
- Ecoute-moi encore Harris... on m'a confié un travail. Tu connais la devise de la maison...
- Celle qui annonce que les aisances sont...
un regard lourd de Maria empêcha l'agent d'aborder la suite de son trait d'humour.Ahhhhh... cette devise-ci...
- Oui Harris... cette devise là. J'ai besoin de toi. Ou plutôt de l'un des tiens...
La main de l'agent quitta soudainement celle de Maria. Harris se releva brusquement, le teint blême, les yeux écarquillés. Fermer les yeux sur des disparitions était une chose... Couvrir certains trafics était risqué, mais pas infaisable. Tendre un piège à un agent, agir avec une telle préméditation à l'égard même du gouvernement Siprasien, non seulement cela frôlait la Haute Trahison, mais aussi la peine d'exil.
Certains regards se tournèrent vers lui tandis qu'il balbutiait.

- Tu... Tu n'y penses pas réellement! Je ne peux... ce n'est pas... Maria!
- Harris... tu perdrais ton sang-froid? Ressaisis-toi enfin! Es-tu un homme ou une loque? Allez, reviens ici...
discrètement, Deviant répondit à un appel d'une oeillade de la Delvadde pour "aider" l'agent à se rasseoir au comptoir d'un "Groumf" peu engageant, laissant sa grosse main potelée et puissante sur l'épaule d'Harris qui n'eût d'autre loisir que de faire face à son bourreau en dentelles. Les clients détournèrent le regard et tandis que Deviant se grattait la plaque crânienne de sa main libre, Maria poursuivit son explication.
- Te voilà plus raisonnable. Tu sais très bien que tu n'as pas le choix. Nous trahir à présent marquerait ta mort, et non de ma main. Tu comprendras aisément mon beau, que je te préfère vivant que mort... nos relations sont bien trop... poussées.Maria lui adressant un sourire aguicheur, Harris se détendit doucement tandis que Deviant desserrait son étreinte tactile.Nous allons devoir faire face à un dilemne. Je tiens trop à nos... relations pour que tu sois le gibier que je compte chasser. J'ai besoin d'un des tiens... tu sais bien ce que cela signifie. Avec la ... disparition du dernier enquêteur, les agents vont se calmer un moment avant de revenir ici. Pourtant, mon client voudrait un spécimen sain et sauf... surtout sauf... et tu sais que dans le coin, à part toi, il n'y en a plus...
- Maria... où veux-tu en venir?
- Où sont-ils? Quand puis-je espérer les atteindre? Qui serait susceptible de faciliter le travail de mon équipe?
- ... ce ... je risque gros Maria...
- Tu auras ce que tu veux, tu le sais... Harris, mon beau...
prenant le menton de l'agent entre pouce et index, la Delvadde se rapprocha de l'agent, ses lèvres frôlant les siennes d'un murmure... ne te fais pas prier...

Et c'est alors qu'il lui confia les heures de garde autour du Pont-Neuf, non loin des Bas Quartiers. Des agents longeant sans cesse la Nesie, souvent seuls, anonymes pour la plupart, simples promeneurs pourtant tous à la botte du vieux Clif'. Le sourire de la Delvadde ne cessait de s'élargir tandis que les informations continuaient à s'accumuler, s'amoncelant en son esprit en un gigantesque chateau de cartes, si branlant qu'il risquait de s'effondrer, et pourtant si tentant à ériger... cela en valait le coup... assurément.

Deviant, tu vas raccompagner Harris à sa table, et arrête de gratter ta plaque, ça m'irrite les gencives! Appelle-moi Ambre et prends sa place. Ne m'en veux pas mon vieux, mais je préfère que tes bras restent à ma porte et que sa tête soit en vadrouille.
Harris, mon doux...
se penchant d'un léger baiser au coin des lèvres de l'agent Continue à t'amuser ici tant que tu le voudras... tout est libre pour toi, il suffit de me le demander. Mais... tu connais la maison...

Une oeillade mutine acheva de rendre son air niais et béât à Harris qui s'achemina, pressé par l'imposant videur, vers sa table privilégiée à laquelle l'une des employées de Maria vint de suite s'enquérir de son bien-être. Tandis que Deviant grommelait à Ambre de la rejoindre au comptoir, Maria ne put s'empêcher de marmonner tout en vérifiant les articulations fumantes de son épaule.

Tu connais la maison Harris, alors n'oublie pas la devise des aisances... la dernière fois, tu m'as tout salo....ah! Ambre!
J'ai un travail pour toi. Viens derrière, j'ai à te parler.


Et le rapiécé massif suivit sa patronne sans un mot, franchissant cette même petite porte qu'un borgne avait quelques temps auparavant empruntée. Une des filles de la Delvadde vint prendre sa place au comptoir, refermant l'issue comme si de rien n'était.
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Edouard Gusev



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Mer 30 Mai - 9:09

Edouard Gusev était pour sûr un être raffiné. Bien que résident des Bas-Quartiers, il n'en avait pas moins le goût des excellences, adepte de saveurs et des divines couleurs. En réalité, il respectait ses convictions mais en était simultanément leur victime. Réflexion et apitoiement étaient les thèmes de ses soirées. Il s'était créé un besoin, celui de se retrouver. Chez lui, là... Dans son aire de similitude, son seul espace pour s'oxygéner.
Pour faire, trois condiments étaient nécessaires... Son cognac, sa pipe et sa pensée. Si il possédait naturellement le dernier, les deux précédents, seule Maria pouvait lui procurer.

Son Elixir préféré avait été prohibé. Petite fabrication artisanale ô combien exquise, le Cognac "Angelo" s'était vu retiré du "marché" par manque d'ucés. La maison étant incapable de reverser les redevances exigées.

En effet, pour le bien des Siprasiens, le pouvoir n'acceptait que certains alcools ou tabacs de conception morale. Cette même moralité était négociée à coups de dessous de table et lobbys organisés.

Quant à la pipe... Ce qu'Edourad y fourrait était interdit depuis des lustres en la cité. Mais Maria le fournissait...

Ce soir, Edouard Gusev était vide de Cognac et d'herbe. Il patientait au comptoir, il attendait le regard de Maria pour requêter. Cette dernière connaissait parfaitement les besoins de son client qui fréquentait son établissement depuis quelques années. Libre de certains regards, elle vint enfin à sa rencontre...

- J'ai une petite faim et une grande soif gracieuse Maria. Vous me mettrez une bouteille à votre convenance et le mets qu'il vous plaira. Ma fringale étant ce soir limitée, une petite quantité m'ira à la perfection. Je vous laisse ici mon pécule, servez-moi en conséquence. Je vous prierai en revanche d'envelopper ma commande, chez moi j'irai la consommer. J'ai du travail et je suis pressé.

Une fois servi, il s'en retournera... Chez lui


Dernière édition par le Lun 3 Déc - 1:54, édité 1 fois
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Narcissa



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Lun 23 Juil - 18:21

Une silhouette dans la brume de la ville. Elle marche plutot vite, cette silhouette. Des pas vifs et cadencés. Les pas d'une personne qui sait ou aller. Une toux. Le genre de toux des gens enfumés.
Fait il nuit ou jour ? On n'en sait rien, les lampadaires sont allumés. La lumière d'une cigarette allumée qu'on jette.
La cigarette fini lentement de consummer sur le sol. Une légère fumée, grisatre, qui ne fait qu'un avec les nuées de vapeur.
La silhouette s'arrete sous un lampadaire. C'est une femme, toute en noir. De jolies courbes, un chapeau la coiffant, un voile de tulle cachant son visage. Sa main gantée fouille dans sa pochette.
Une cigarette. Une flamme. Un nuage de fumée.
Elle reprend sa marche. Perdue dans ses pensées, elle tire sur sa cigarette. Si elle est venue ici, si elle a tout quitté, c'est pour l'argent. Les affaires, le commerce. les affaires .
L'homme d'hier et d'avant hier le lui a dit. On cherche du monde a Sipra. Il lui a dit d'aller au mollard rouge. N'importe quel travail. Elle n'a pas peur de tuer, jamais de scrupules.
Enfin, une enseigne se dessine dans la brume. C'est là.

Peu de monde a l'intérieur. Un endroit completement enfumé. Une femme derrière le comptoir, deux hommes.
La dame s'approche du comptoir et s'assoit avec souplesse a coté d'un homme élégamment vetu. De sa main gantée, elle enlève son chapeau découvrant son visage. Un visage blanc, diaphane, des lèvres charnues, des yeux en amandes aussi noirs que ses cheveux. Un chignon bien serré dans le creux de sa nuque. Dans un nuage de fumée, elle s'adresse a la tenancière...

De l'alcool s'il vous plait. Un fort.









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Sinemanu Sabeus



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Mar 28 Aoû - 1:28

Trainant derrière lui sa lourde hache, Sabeus Sinemanu revint au Mollard Rouge. Après avoir mis en pièce l'imprudent s'en étant pris à la Delvadde, il était allé au bord de la Nesie et avait noyé chaque morceau du corps, prenant bien soin de ne faire ni bruit, ni éclaboussure risquant perturber cette nuit noire. Ses yeux le faisaient atrocement souffrir, ceux-ci privés d'un quelconque répit, grand ouverts, ayant guetté de droite à gauche tandis qu'il s'était consciencieusement débarassé de cette sordide besogne.

Arrivant par la porte de derrière, il laissa tomber la hache mécanique qui pendait à son poignet, décontractant les biceps de son bras droit et appréciant l'étrange langueur qui prenait possession du membre tandis qu'il se reposait enfin. S'écroulant sur le pas de la porte, celle-ci le soutint tandis qu'il s'y adossait afin de défaire une à une les clés cuivrées ornant le pourtour de son avant-bras. Compressant un cerceau d'acier, elles permettaient à divers ustensiles de tenir en place sur son moignon depuis longtemps cicatrisé.
Alors qu'il n'était qu'un gosse des Bas-Quartiers, il avait commis son premier larcin sous les yeux même d'un des premiers agents de Stanton, l'un de ces "guetteurs" de l'ancien temps. La répression était grande, quel que fut le délit, et le jeune Sabeus s'était vu séparé de l'une de ses mains par l'intermédiaire d'une lame froide et nue manoeuvrée par l'un des sbires de Stanton.

"Sois Puni par la voie de ton Pêché"

Un charabia administratif sans aucun doute... ces mots résonnaient en son souvenir, seule réminiscence morale de cet acte ayant mutilé son physique à jamais. Au fil des années, Sabeus s'était abimé la vue alors qu'adolescent, il travaillait au sein d'une usine comme "chaînon" d'un rang de polisseurs. Les éclats de l'acier s'étaient incrustés sous ses fragiles paupières encore jeunes et le moindre scintillement l'obligeait à plisser les yeux, provoquant une atroce douleur tandis que le métal manquait à chaque clin lui arracher la cornée. Il portait depuis une étrange paire de lunettes. Chaque monture possédait un système de crochets glissés sous ses paupières, empêchant toute crispation du regard. Ses yeux dissimulés derrière un fin voile fumé, il réussissait à sortir le jour sans craindre l'affreux astre si scintillant, heureusement souvent masqué par les noires volutes des usines siprasiennes.

BLoooooooooNG!?


Un long silence suivit la chute de la hache. Le moignon libéré de l'étau qui l'etreignait apparut à la lueur des lanternes rouges bordant le Mollard. Sinemanu l'examina un instant. Si bien cicatrisé malgré les traitements farfelus, risqués et même inconscients que certains docteurs lui avaient administrés... Il n'aurait jamais pu obtenir un tel résultat sans une aide financière de Maria Delvadde. Il lui devait une vie et comptait rembourser sa dette, restant le premier homme à tout faire de son service, acceptant même certains travaux qu'Ambre et Deviant risqueraient de refuser. Maria lui avait apporté l'argent pour son opération. Elle l'avait conduit chez ce Gasmane, mécaprothésiste compétent qui avait réussi là où tous avaient échoué.

Tout en ressassant ces quelques souvenirs, il se releva enfin, attrapant de sa main valide la hache et franchit la porte arrière du bordel. Au loin, dans le couloir, l'ouverture menant au comptoir était entrebaillée. Face à lui, murmurant à l'oreille d'un Ambre plus attentif que jamais, Maria l'aperçut et lui fit signe d'avancer. Sabeus déposa son arme contre un mur et parvint à la Delvadde.

"Occupe-toi des clients, j'arrive dans un instant. Un regard croisé et les voilà tous m'imaginant à leurs pieds. Ecoute-moi bien Chose..., d'un murmure, Maria poursuivit La fille me semble louche... garde un oeil sur elle... Et même les deux... Gusev vient simplement... refaire le plein j'imagine. Tâche de les faire patienter. La caboche d'Ambre aura bientôt intégré ce que j'ai à lui demander."

Un haussement d'épaules d'Ambre mit fin aux recommandations de Maria qui s'éloigna de quelques pas au creux du couloir, accompagnée de son sbire auquel elle fournit les informations qui lui permettraient d'accomplir son souhait.
Sabeus s'était déjà dirigé vers le comptoir. Adressant un sourire torve aux deux clients accoudés, il tatonna de sa main valide sous le bar. Sa voix nasillarde résonna un moment tandis qu'il demandait:

-Ca prendra quoi? Lui je sais, mais elle non... ça n'veut pas se décider? Alors... je vais lui faire quelque chose... de spécial oui. Elle en redemandera.

Un gargouillement s'échappa de sa gorge, signe d'un certain amusement, alors qu'il fixait à son moignon ce qu'il avait fini par dénicher sous le comptoir. Il referma chaque petite clé de son bras sur une triple pince s'adaptant à son poignet. Lorsque celui-ci se contractait, les pinces se refermaient, en l'occurence en cet instant sur une bouteille de Cognac qu'un seul client s'efforçait de vider peu à peu.

-C'est sûr... Lui, peut l'témoigner. Ca lui retournera les boyaux mais ça la f'ra patienter. La patronne est bientôt là. Faudra qu'ils se contentent d'ma fiole et d'mon babil. Elle aime ça l'babil?

Sinemanu se pencha par dessus le comptoir et adressa un sourire ravagé à la cliente accoudée.

-Elles en raffolent... Toutes veulent quelque Chose... tôt ou tard...
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Agent 212



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Lun 3 Déc - 12:03

Il marchait et tanguait à un stade où le moindre contact avec un mur pouvait directement le faire rebondir vers son jumeau d'en face. L'agent 212 avait clairement abusé de la surveillance des bars louches ce soir. Il fallait qu'il mange quelque chose.
Ses pas, réglés sur un tracé chaque soir immuable, l'avaient menés aux abords du Mollard Rouge. Il contempla un instant l'enseigne, son corps se balançant de gauche à droite d'un mouvement indépendant de sa volonté.
Et puis non, le souvenir de la gigolette de lièvre de "Chez Paulette" remontant à son esprit comme une bulle à la surface d'une eau saumâtre lui parut plus tentant.
Il reprit péniblement son chemin.

Ah voui c'est par là c'est vrai...hic.
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Sinemanu Sabeus



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Lun 3 Déc - 13:47

Sous le regard du videur du Mollard Rouge, un agent imbibé vint à passer. Les fragrances éthyliques s'échappant de sa personne rivalisaient férocement avec celles émanant de l'établissement et Deviant se mit alors à grogner.
A son poste, derrière le comptoir, Sabeus Sinemanu se détacha du regard de sa cliente pour se tourner vers l'enferré. Les grognements de cette bête rafistolée étaient souvent annonciateurs d'un invité inattendu et indésirable. Pourtant, le videur se contenta de suivre du regard la marche sinueuse du curieux personnage qui semblait avoir oublié le sort funeste réservé à ses comparses en ces lieux. L'homme n'entrerait pas... Deviant semblait reprendre ses allures de massif inébranlable et privé d'une conscience propre.
Sabeus revint à sa première occupation et s'adressa de nouveau à la jeune femme qui lui faisait face, lui agitant sa pince sous le nez.

Elle serait sourde? Ou muette? L'a besoin de rien?


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Maria Delvadde



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MessageSujet: Re: Au Comptoir du Mollard   Mer 19 Mar - 2:03

Quelle plaie! Qui est-ce qui m'a fichu un encrouté de la sorte? Aaaah pas la peine de te gratter le crâne mon vieux, je vois clair dans ton petit jeu de simplet. Et ne prends pas ce regard de chien battu, Ambre!

Les vitupérations delvadiennes résonnaient dans la rue du Mollard, annonçant le retour imminent de sa tenancière. Sur ses talons, penaud mais affichant un regard couturé plus radieux que jamais, le videur de l'établissement projetait son ombre sur la silhouette de Maria, cheminant d'un pas décidé vers son antre à un rythme effréné soulignant son état excédé. Une main ramenant contre elle son bras mécanique duquel s'échappait quelques volutes de fumées, la tenancière se retournait à intervalles réguliers pour fusiller son acolyte du regard.

Reprends ton poste. Là, au moins, je peux être sûre que tu ne feras plus de dégâts. Deviant, n'hésite pas à lui donner un bon coup là où je pense s'il s'avise de prendre des initiatives... oui, tu m'as bien entendue.

Balayant d'un regard la salle principal du Mollard Rouge, Maria constata les yeux écarquillés de nouveaux venus, la dévisageant comme si elle était quelconque démon sur ressort jaillissant d'une boîte mais apprécia néanmoins le sang-froid dont faisaient preuve les habitués. Les colères de Maria étaient rares, cependant, ses plaintes étaient nombreuses quant à ses employés, même si, au fond d'elle-même, elle reconnaissait qu'elle ne pouvait se passer d'un seul d'entre eux.
D'ailleurs, derrière le comptoir, Sinemanu Sabeus s'activait afin de pallier à son absence. L'amputé au crochet amovible la dévisagea d'un sourire torve alors qu'elle approchait de lui, posant au final sur le comptoir le bras à vapeur qui ne cessait de tirer sur son épaule, lui permettant de se détendre enfin. Maria poussa un long soupir tandis qu'elle tatonnait le long de l'oeuvre mécanique à la recherche d'une quelconque anomalie.

A ce que je vois Sabeus, tu as encore soulé une cliente et tu t'étonnes de son apathie. Chaque fois que tu es responsable en mon absence, je retrouve la moitié de mes réguliers assomée et l'autre telle que cette jeune femme. A ta place, j'irais l'installer dans un coin histoire qu'elle ne m'occupe pas une place pour un simple somme. C'est qu'il y a des chambres pour cela... à un prix modique si tant est que l'on veuille en profiter seul, ce qui serait bien bénêt en ces lieux.

Soulevant sa prothèse de sa main valide pour éviter toute souffrance supplémentaire, la Delvadde fit le tour du comptoir afin de prendre la place de la Chose qui lui servait de bras droit.

Avant que tu me fasses le compte rendu des affaires conclues en mon absence, j'aimerai que tu trouves un gosse qui aille me chercher Vito. Cet incapable a du dérégler sa machine et voilà qu'à la première taloche que je file à Ambre, les rouages sautent. Sa camelote ne me sera pas refilée si facilement, foi de Maria!

La Delvadde de retour, l'établissement pouvait reprendre ses activités. Georgos ne tarderait pas à contacter la tenancière... elle n'en doutait pas. Même si le fossoyeur s'était éloigné d'elle et du Mollard Rouge ces derniers temps, elle ne pouvait s'empêcher de croire en son esprit profiteur et à l'affût du moindre bénéfice. Il serait toujours temps de trouver un agent s'il ne parvenait à en repérer un lui même... après tout, le vieux Clifford devrait tôt ou tard tenter de mettre fin à ses pratiques entachant la fierté Siprasienne selon Stanton. Qu'il lui envoie sa chair à canon endoctrinée... elle saurait à qui la refourguer.
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