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 "La Phot'aux Autres" - Atelier de haut standing

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Magdaleina Veine



Nombre de messages : 1
Date d'inscription : 03/05/2008

MessageSujet: "La Phot'aux Autres" - Atelier de haut standing   Sam 3 Mai - 19:35

Une vitrine aux reflets immaculés donnait sur les pavés pimpants de la rue Sainte-Eustachine. L'un des plus petits magasins de l'Ile Stable était aussi l'un des plus courrus, autant pour l'activité exclusive qui y avait cours que pour le prestige de l'artisan qui en était propriétaire. On disait même que, de tous les notables de Sipra qui rentraient dans les bonnes grâces de Lord Stanton, monsieur Avallier, ce génie tout aussi discret qu'il était paradoxalement populaire, était l'un des plus indispensables -à quel terme ?- au commandeur de la cité. Ce même Artémus Avallier qui avait defrayé la chronique six mois auparavant, en révélant à la ville et au monde ses avancées, ses exploits techniques en matière de développement photographique. Certes, les appareils à reproduction sur plaques d'argent étaient déjà connus, et leur usage largement et dûment appliqué. Mais cet artisan d'inspiration qu'était Avallier avait, allez savoir par quels prodiges, réussi à mettre au point une technique de prise de vue et de développement qui rendait une image parfaitement et soigneusement colorée. Les chromes d'Avallier lui avaient valu le surnom de Fossoyeur D'Art par ses quelques detracteurs, frustrés qu'il retire à la peinture le dernier prestige qu'elle avait sur la photographie.

Artémus Avallier avait réussi à obtenir de Lord Stanton qu'on lui laissât le loisir de profiter seul de sa découverte. Il n'avait donc pas déposé de brevet, car qui dit révélation dit dévoilement du secret de fabrication. Avallier gardait donc le mystère autour de son art, et seuls quelques dignitaires de Sipra ayant les moyens de lui commander une séance de portraits étaient ses visiteurs. Cette soudaine appréciation lui conféra tout d'abord de conséquents subsides, puis l'insigne honneur de pouvoir déménager son lieu de travail sur l'Ile Stable, afin de servir au mieux et dans des conditions plus favorables, son honorable clientèle.

Elle était de cette bourgeoisie Siprasienne décomplexée. En jeune fille de bonne famille qu'elle était, elle avait reçu une instruction tout-à-fait conforme aux voeux de ses parents qui envisageaient pour elle une carrière d'artiste. Son père, banquier, avait toujours eu la passion du théâtre ; tandis que sa mère, qui n'avait pas eu la chance d'entrer au Conservatoire en qualité de violoniste, l'encourageait depuis toujours dans la voie de l'expression artistique. Une projection consentie par leur fille.
Magdaleina aimait la vie, aimait Sipra, aimait tout ce qui pouvait même subrepticement lui rendre agréable l'existence. Et comme toute minaudière aisée des quartiers riches de Sipra, belle comme un coeur qu'elle était, elle aimait contempler son visage fin et ses formes délicates, et ses soieries et ses robes exquises.
Et elle aimait faire don à soi-même ou a ses proches, à l'occasion, de l'immortalité figée de sa grâce. Avallier s'était rendu indispensable car son frais teint rose et l'ambre de sa chevelure, l'azur de ses yeux et le pourpre de ses lèvres, tous ces miracles de la morphologie, grâce à lui et à ses daguerréotypes bigarrés, se transposaient sur l'image. Ah, quel homme de providence, que cet Artémus !

Le petit atelier-magasin était encore ouvert, bien que la sixième heure de l'après-midi avait retenti déjà. Elle poussa la petite porte aux armatures de bois épais, rehaussée d'arabesques en régule et bronze. La petite clochette sonna pour annoncer la visiteuse.

Artémus Avallier se présenta à la jeune femme, qu'il connaissait bien, en vertu de quelques séances de poses déjà honorées. Il accueillit Magdaleina avec son habituel sourire crispé, qui en disait plus long sur sa timidité envers les jolies jeunes dames que n'importe quel bafouillage qui n'allait pas tarder.


<< Vous... Bonjour, madeuhmademoiselle, vous, vous êtes pile à l'heure. Sauf que je vous attendais une heure plus tôt... moui, plus tôt.
- Je suis infiniment confuse, monsieur Avallier,
répondit avec courtoisie mais quelque désinvolture Magdaleina, qui savait pertinemment qu'elle était en retard, mais que celà laissait indiférente. Une heure, qu'était-ce, dans une vie entière ?
- Voulez-vous néanmoins prendre place, mademoiselle ? Dites-moi quelles sont vos envies du jour ? Un portrait plein-pied ? Un profil ? Trois-quart profil ? Le bubu... Le buste ?
- Va pour le bububuste,
sourit Magdaleine qui prit la pose de manière mutine, en rehaussant son corset et en dégageant de son front une mèche bâtarde, enfin fixant de ses grands beaux yeux l'objectif telescopique du photographe gêné.
- Combien voulez-vous de prises ?
- Six, monsieur.
- Fort bien. Restez immobile.


Douze minutes furent nécessairent à Avallier pour incrémenter l'art de la photographie de six nouvelles et admirables oeuvres. Magdaleina était très contente du résultat, comme de coutume, et paya en conséquence, c'est-à-dire en octroyant à son bienfaiteur quelques pièces superflues.
<< Votre obligé, mademoiselle Veine.
- Merci encore. Je reviendrai vous voir, monsieur Avallier. Il ne faudra pas que vous perseveriez dans votre gêne à la prochaine occasion, car j'aurai certainement des commandes plus... particulières... à vous soumettre.
- Je... Très bien mademoiselle. Quel genre de particularisme, si je puis me permettre ?
- Nous verons en tant voulu. La bonne journée.
- Bonne soirée,
rectifia Avallier pendant que sa cliente franchissait déjà la porte.

Magdaleina quitta le magasin du photographe, ses clichés en sac, heureuse d'avoir une nouvelle fois des représentations d'elle. Six photos pratiquement identiques, dont elle se servirait très bientôt dans une perspective digne des attentes de sa parentèle. Six vignettes d'honnête taille, six visages, six sourires enjoleurs qui très bientôt, seraient incontournables dans Sipra
...
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